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Mar 172013
 

Développeur : Eidos – Square
Sortie : 5 mars 2013
Plate-forme : PC – X Box 360 – Playstation 3 (version PS3)

Le phénomène du reboot touchant aussi bien le cinéma que le jeu vidéo, pourquoi ne pas faire le reboot d’une saga qui fut, un temps, culte, avant de sombrer, d’abord dans la médiocrité, puis dans l’oubli ? N’est-ce pas dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes ? N’est-ce pas infiniment plus simple et plus intéressant, économiquement parlant, de se reposer sur les vieilles gloires que d’en créer des nouvelles ? Tant de questions qui se posent aux développeurs.

Aussi, un beau jour de 2009, Square annonça officiellement un reboot de la série qui avait immortalisé, en 1996, les nichons pyramidaux l’exploration façon Indiana Jones : Tomb Raider.

Puis en 2011, la même firme offrit à nos petits yeux les premiers instants de gameplay où nous voyions Lara se débattre face à la loi de Murphy, à l’instar de Nathan Drake (quoique, en matière de poisse, Isaac Clarke n’est pas mal non plus).

Ma réaction a été : WTF ?

Quelques sueurs froides plus tard, et quelques années aussi accessoirement, après quelques trailers, après d’autres extraits de gameplay, il fallait quand même se frotter à la bête, pour pouvoir mieux l’affronter.

Après avoir joué,  ma réaction demeure : WTF?

Oui, tu tombes de haut, comme moi aussi, bientôt….

Alors, graphiquement, oui c’est beau, tout le monde est extatique, mais le jeu est juste beau, les modélisations des persos ne sont pas non plus transcendantales, Resident Evil 5 faisait aussi bien. Sonorement, bon, je dirais que c’est anecdotique, il n’y a rien de marquant, une fois le jeu quitté, rien ne vous restera en tête (et pendant le jeu non plus d’ailleurs)  et surtout pourquoi n’ont-ils repris, à aucun moment un des thèmes de l’ancienne série ?  ça aurait pu être une bonne idée parce que là, on voit juste pas le rapport, à part l’état civil de l’héroïne.

Et pour qui a joué aux anciens épisodes, on a du mal à comprendre comment la Lara qu’on voit à l’écran a pu aboutir à la Lara qu’on a connue précédemment. Nous allons donc incarner une fille qui sur un coup de tête génial (localiser le légendaire royaume du Yamatai) va embarquer tout un équipage pour voguer vers le Triangle du Dragon. Forcément, avec un nom pourri comme ça, tout ça va se terminer par un beau naufrage, à base de tempête furieuse, de bateau qui coule (mais qu’on va retrouver échoué sur la plage quelques heures plus tard, ho ho ho), et de « glouglou, c’est salé l’eau de mer ». Notre donzelle arrive donc, après avoir échappé à la noyade, après avoir échappé aux hélices du rafiot sur la plage et puis là, poum, un coup de matraque et dodo. Je n’avais pas encore joué que j’avais déjà un coup de barre aussi, mais bon. A demi-consciente, elle se rend compte qu’on la transporte façon néanderthal (par les cheveux) avant de la saucissonner tête en bas dans une grotte, qui si elle a d’indéniables qualités pour la conservation du fromage et du jambon, est en fait fort peu hospitalière pour les êtres vivants. En effet, elle est remplie  de moult cadavres et tout cela est fort risqué du point de vue sanitaire. Goûtant peu la perspective de devenir un Justin Bridou, notre naïve héroïne décide donc de descendre au plus vite et elle n’y va pas par quatre chemins : en se balançant, elle va enflammer, en le poussant dans un âtre, un macchabée empaqueté, pour ensuite enflammer le paquetage qui la retient elle, ce qui va la faire chuter et accessoirement s’empaler sur une espèce de vis géante (j’espère qu’elle a fait tous ses rappels antitétaniques).

Quand elle s’ennuie, Lara essaie de surprendre les barils.

Oui, vous avez bien lu, pour s’échapper, elle va 1. se cramer, 2. tomber de plusieurs mètres de haut, 3. se planter sur un objet tranchant. ça ne vous paraît pas logique, voire un tantinet débile? Moi aussi, sur le coup, ça m’a paru très con, mais j’ai compris après pourquoi : parce qu’il lui fallait bien un handicap, sinon, c’était vraiment pas du jeu. En effet, en suite, les 5/6e du jeu se passeront à mettre la misère aux autochtones mal intentionnés.

Mais attention, mettre la misère, c’est pas mettre la misère façon Batman en assommant l’ennemi, c’est mettre la misère plutôt genre à coups de piolet dans la poire, de napalm dans la tête, de coup de fusil dans la mâchoire, de flèche enflammée dans la carotide…

Vous vous souvenez de Lara, dans Tomb Raider1, qui ne tuait en tout et pour tout que 5 êtres humains (en comptant cette garce de Natla qui s’était bien payé sa tête avec ses histoires de Scion), et avec une certaine répugnance ? Vous apprenez qu’elle a dû tuer au moins une centaine de personnes de façon assez gore quelques années auparavant. Ce qui ne l’empêche pas de faire son Caliméro, après tout, on peut planter un piolet dans l’oeil de son adversaire et être doté d’une certaine sensibilité, on peut exterminer la moitié de la population de l’île (en gardant bonne conscience : ils sont méchants, donc légitimement exterminables, pourquoi se prendre la tête à les assommer, autant leur défoncer la mâchoire à grands coups de pierre !) et avoir un coeur qui palpite dans la main de détresse morale. Preuve qu’ils sont méchants : ils ont élu domicile dans un endroit plein de sang, bouh, c’est dégueulasse, et surtout, ils appartiennent à une secte. Mais on y reviendra après.

Lara en pleine exploration des points sensibles du corps humain . fig. 1: « Le Headshot ».

Ce jeu est gore, on a l’impression qu’il a été développé par Santa Monica ou Netherrealm Studios, entre les charniers humains, les ossements (des montagnes), les finishers (vas-y que je te crame avec des flèches au napalm, vas-y que je te lacère la poire à coups de piolet) et j’en oublie… C’est assez effarant, et c’est proprement ridicule : il y a tant de monde que ça qui vient s’échouer sur les plages de cette île ? Et malgré tout, jamais personne ne s’est rendu compte que l’endroit était peu fréquentable ? Parce qu’il doit y avoir des centaines de cadavres, voire des milliers… C’est vraiment faire du gore pour faire du gore. C’est entre le ridicule et l’infect.

Mais l’est plus encore la non-identité du jeu, on a là un mix entre Uncharted (c’est tout le gameplay qui est repris, et l’architecture du jeu, un lieu à explorer un événement qui déstructure le niveau et t’oblige à atterrir plus loin : un bâtiment qui flambe, un avion qui se crashe, la propension à la poisse, des zones apparemment spacieuses, mais dans lesquelles on est comme sur un rail : Lara va, selon les besoins, marcher voûtée, se faufiler, sans qu’on ait autre chose à faire que d’appuyer sur la direction), Batman (ou Hitman, pour l’instinct de survie, qui affiche tous les objets intéressants d’une certaine couleur, mais aussi pour les compétences à débloquer avec de l’exp !), Metal Gear Solid 3 (ouh, la chasse! tiens, ça me rappelle quelque chose et là, c’est la loose qu’un jeu sorti sur PS2 ait permis une gestion de la chasse beaucoup plus optimale qu’un jeu sorti sur la fin de la PS3 !), de Dead Space (tiens ! le tir alternatif ! tiens, l’assignation des armes sur la croix directionnelle), et même de Resident Evil (charadesign, level design du bidonville qui n’est pas sans rappeler une zone de RE4, sans compter Matthias qui ressemble quand même beaucoup à ce brave Osmund Saddler), voire de God of War, pour ne pas parler d’autres inspirations, notamment Far Cry 3. Sans compter le côté absurde de customiser ses armes au feu de camp : genre elle fait fondre son métal au milieu de ses patates qui cuisent ? N’importe quoi. Qu’elle se fournisse en matériel au fur et à mesure de ses explorations aurait été plus convaincant : qui sait, elle aurait pu trouver des clefs pour accéder à des salles, soyons fous ! Toujours avec le feu de camp, mais où diable ont-ils été pêcher cette idée de téléportation par le feu de camp ?

Comment se faire un fusil d’assaut dans un feu de camp? Il suffit de touiller !

Allez, n’en jetons plus, ce jeu n’apporte rien de neuf, et importe des idées de ci, de-là, de partout, sauf de Tomb Raider finalement. Parce que de l’originel, tout a disparu, ici pas d’exploration, que de l’action, pas d’énigme (ou si peu, et surtout, si anecdotiques !), que de l’action (c’est un jeu d’action, la partie survie est assez anecdotique), pas de clefs, pas de leviers, on défonce tout, c’est plus simple. Vous avez bien deux-trois tombeaux à « explorer », mais c’est plus affligeant qu’autre chose : un couloir, une énigme qui ne poserait pas de problème à un lombric (le plus souvent, il s’agit de brûler quelque chose, le feu est la solution dans 75% des situations, Lara a de sérieuses tendances pyromanes), ce qui nous amène à un coffre de dimensions généreuses rempli à ras bord de trésors, dans lequel Lara va piocher un truc au hasard, tout en s’exclamant, « Ouah, c’est trop géniaaaal ») et puis fini le tombeau. C’est bizarre, le tombeau de Tihocan m’avait laissé un autre souvenir. Tout le jeu vous prend par la main, vous êtes assisté dans vos moindres gestes, fini les moments de solitude façon Tomb Raider 2, où vous vous demandez où vous devez aller déjà, parce que vous avez interrompu votre partie il y a 8 jours, et que vous ne vous souvenez plus quoi faire. Sinon, évolution notable : Lara se met à collectionner des jouets en plastique et des répliques « made in China », faut tout de même avouer que c’est plus intéressant à ramener chez soi qu’un casque de samouraï du Xe siècle !

Le scénario : c’est pas mieux, il est nanard et cliché au possible. Nous avons donc une équipe digne d’un teen-movie qui s’embarque, le nounours sage et sympa, la teigneuse dégourdie, la cruche meilleure copine, le geek, le gars qui est comme un père, le vieux poivrot, et notre héroïne. Un naufrage sur une île maudite plus tard, voilà les mêmes aux prises avec des méchants : une Secte. Alors, comment dire? bon, le coup de la secte, c’est déjà vaguement éculé, si en plus on l’accompagne de rituels à base de sang, de tripes et de souffrance, ça le devient encore plus. Et le pire, c’est que le traitement ne fait rien pour arranger ça : le leader de la secte est un psychopathe mégalomane à capuche, flanqué de seconds qui lui obéissent aveuglément, sans capuche. La capuche c’est le statut social. Tu as une capuche, tu es chef : il suffit de voir Dark Sidious et Osmund Saddler. Être chef, c’est tellement bien que ça permet d’arborer un tatouage qui ressemble à des fientes de pigeon sur le torse. Tout ce beau monde voue un culte à la reine solaire Himiko (toute ressemblance avec Amaterasu n’est pas fortuite dans sa représentation dans TR, à noter au passage que la rencontre Himiko-Amaterasu a été faite dans… Okami), qui au passage, commande aux tempêtes. Bien, bien , bien. Si l’objectif premier de Lara a été de faire des fouilles pour en savoir plus sur cette reine mythique, dès lors qu’elle posera le pied sur l’île, ce sera de tout ravager : destruction de son tombeau à grands coups de cloche (Lara n’étant pas la cloche en question, en fait si, elle est l’une des cloches), incendie de son palais, et j’en rate certainement. Pour quelqu’un qui était ultra-motivé pour ses recherches, au point de mener une expédition vers un endroit réputé dangereux, je trouve que c’est un bon résultat. Le traitement des personnages est à l’avenant : caricature voisine avec cliché : la gourde, la garce, l’amoureux timide, le vieux, le papa de substitution. Et évidemment, personne équipé de cerveau : la solution appliquée systématiquement : se séparer. Non mais quoi, ils se sont crus dans Scream ? Et les rituels ? Même postulat que Project Zero : il faut beaucoup de bougies (mais alors, vraiment plein plein) et plus tu souffres, mieux ça marche (d’ailleurs, c’est glauque, cette vision qu’ont les Japonais de leur propre folklore). Avec ça, on met des cordes, des légendes, des symboles, une malédiction de l’île qui empêche d’en sortir, des sacrifices humains et emballé c’est pesé. Et puis voilà. Resident Evil 4 avait au moins conscience d’être cliché, et Uncharted offrait au moins un peu d’humour (ah, les blagues de Sully), alors qu’on a ici un jeu qui se prend désespérément au sérieux (paye ton apologie de la souffrance). Et la fin est bateau (c’est le cas de le dire) au possible, une grosse déception.

J’ai déjà vu ça quelque part…

Les combats, même s’ils occupent les 5/6e du jeu, sont plutôt inintéressants, l’intelligence artificielle avoisinant celle d’un Space Invader, les ennemis ne mettent pas vraiment en place de stratégie, et le combat se rapproche du canardage. Même l’unique boss du jeu ne demande pas grand effort pour être abattu. Et là encore : pour un jeu autant axé sur les combats, pourquoi ne pas avoir mis en place des affrontements intéressants et dynamiques, parce que certaines batailles interminables (un peu à la façon d’Uncharted, où des vagues d’ennemis se relaient, rendant le combat franchement lassant) sont plutôt ennuyantes qu’autre chose ? Et ce n’est pas les trophées (« Boum », si on tire sur une dynamite en plein air, « Tireur d’élite » si on fait tant de headshots, « Pistolero » si on abat tant d’ennemis avec le pistolet, etc, etc) qui donnent un regain d’intérêt. De même; un seul boss pour un jeu d’action, c’est une grossière erreur (qui avait déjà été commise pour Underworld), pourquoi ne pas en avoir fait plus ? Si on fait de l’action, autant l’assumer en offrant au moins des challenges mémorables. Le « boss » de fin est juste minable… en plus de faire dans le fan service.

Naïfs qui pensiez qu’un piolet servait à l’escalade, en plus de défoncer efficacement
le faciès ennemi, c’est un moyen de transport très rapide!

En bref, ce reboot considéré comme un immanquable est une grosse déception, en plus de ne rien reprendre de ce qui a fait le succès de la série originelle (l’exploration de civilisations perdues, les énigmes), elle pioche à droite à gauche assez éhontément. Je me demande : il aura fallu 4 ans pour aboutir à ça?

Évaluation

Graphismes 16/20 C’est beau, sans être révolutionnaire
Jouabilité 17/20 Lara répond plutôt bien, même si parfois il y a des cafouillages et des bugs (Lara peut voler, c’est cool!)
Scénario 08/20 Assez lamentable, il faut l’avouer, entre les poncifs, les reprises de Project Zero, entre autres, les personnages ultra-caricaturaux,  il n’y a pas grand chose à en garder.
Bande-son 15/20 Une bande-son pas marquante, mais qui a le mérite de servir l’action
Durée de vie 13/20 Comptez une quinzaine d’heures de jeu pour terminer l’aventure en incluant les quêtes annexes, cela peut paraître honnête, mais i n’y a pas de replay value.
Fun 12/20 Certains passages sympas (parachute), mais le reste oscille entre l’absurde et le redondant.
Note globale : 12/20
Ce jeu n’est certes pas une purge, mais est très loin du chef-d’œuvre proclamé à l’envi. C’est un jeu honnête, mais très en deçà de ce qu’on était en droit d’attendre après tant d’années. Une vraie déception, qui se permet en outre de renier ses origines et de piller d’autres jeux.

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