Juil 262013
 

Surfant sur la vague du manga, après Nomad et HK, Sillage (scénarisée et dessinée par Morvan et Buchet)  apparaît à la fin des années 90 (en 1998), à la glorieuse époque du polygone, de l’ersatz de Dragon Ball hong-kongais (il faudra que je fasse un article sur Cyber Weapon Z), de l’ersatz de Dragon Ball et de l’ersatz du manga tout court.

10 volumes et 10 ans après le début de cette nouvelle saga de science-fiction, Morvan et Buchet rendent hommage à la mère-patrie du mangasse qui les a tant inspirés : le Japon.

Nävis prend une posture de samuraï.Le Japon : un sabre et un arbre tordu. Et du rouge aussi, quand même. A noter les fringues et les godasses qui témoignent de l’extrême documentation de l’artiss’ !

Qui a dit représentation clichée ?

Notre agent spéciale Nävis se retrouve donc missionnée par un avocat, qui a maille à partir avec les autorités de Sillage dans un endroit qui ressemble furieusement au Japon sur un background d’exploitation minière qui va vite être oublié en fait. A savoir une planète qui sort d’un régime féodal pour un empire, très renfermée sur elle-même, assez xénophobe, avec des bonshommes avec des katanas, des bonnes femmes en kimono et des sages guerriers aussi, un peu, histoire de caser un maximum de clichés. Je ne suis pas sûre d’en avoir fait le tour. Bon, je ne vais pas m’appesantir sur les clichés et la pseudo-histoire de minerai, vu que la BD est plutôt basée sur d’autres aspects.

Il va s’agir de l’évolution intérieure de Nävis : comment d’une simili-Gally matinée d’une Lara Croft, on devrait arriver à un adulte responsable (sachant que la donzelle est à peu près aussi stable qu’une casserole de lait sur le feu). Donc épisode observation/ contemplation/ introspection.

Premier épisode : Nävis se fait mettre la misère par Papy-Warrior, qui va la prendre sous son aile par la suite, en lui faisant qu’elle parlait trop, c’était bien une femme!

Deuxième épisode : notre héroïne découvre la vie de Lafâme : ikebana, cérémonie du thé, estampe, bref, tout ce qui doit caractériser Lafâme : l’agrément. Tout en lui expliquant qu’il ne s’agissait pas de soumission que de faire les larbins, parce qu’après la confidence sur l’oreiller, c’était bien Lafâme qui avait le pouvoir : elle pouvait toujours glisser à Lhômme quelle politique adopter ! Non mais ! (oui, en chacune des femmes sommeille une Pompadour et une Du Barry, peut-être même une Miantenon! en tout cas, on se demande bien le besoin d’un tel exotisme de référence, quand on a les mêmes à la maison, Léon). Il n’y a pas d’égalité hommes-femmes, il n’y a que la complémentarité, lui dit-on. Pardon ? c’est pour faire yin-yang, tout ça? ça commence à piquer un peu, je dois dire. Je n’ai même pas envie de m’attarder sur l’hétéronormativité de tels propos, parce que le bougre n’a pas même pas l’air de considérer de l’ordre du possible un coupe homosexuel. Nävis commence à comprendre l’étendue de son erreur. Le mansplaining est en marche.

Troisième épisode : la future-Lafâme comme il faut, à savoir Nävis, fait de l’introspection. Et là, ça fait mal. Très mal. Les femmes japonaises « Serviles, oui. Mais en surface ». Moui, mais euh, c’était pas ce contre quoi tu avais lutté dans le volume 6, ma chère Nävis, en disant que non, on avait pas une occupation selon son genre, qu’on pouvait se battre en étant une femme et broder en étant un homme? Non ? ah bon, pardon, j’avais cru.

Et là, je vais citer :

« En fait il m’ouvrait les yeux. Les longues marches pénibles. La confrontation avec les femmes Thuan…

Mais surtout le fait qu’il ne me reconnaisse ni femme, ni guerrier… J’ai fini par réaliser que je n’assumais aucune de ces deux fonctions. »

Ah, femme c’est une fonction ? Merde alors ! j’ai toujours cru que c’était un état, ou une nature, vu que c’est difficile de changer. Donc c’est une fonction ? Mais que recouvre la fonction femme au fait ? J’aimerais bien le savoir. Si on pouvait mecspliquer ça un peu, j’avoue que j’apprécierais. Histoire de me coucher moins bête (je suis une Lafâme, il faut m’expliquer les choses).

« Je ne suis femme que dans l’excès ou la futilité »

C’est un début de réponse. Mais curieusement, en lisant ça, mes ongles se sont enfoncés dans la BD, je ne sais pas pourquoi, question d’excès, sûrement.

Je fais l’impasse sur la suite du discours de Nävis qui est une arme, gnagnagna, que Gally a tenu avant elle X fois, et je vais me concentrer sur cette phrase.

Déjà, je ne vois pas comment quelqu’un qui est le seul représentant de son espèce (ou presque, les shootés façon La Plage ont vite été évacués) pourrait avoir une réflexion genro-normée type les hommes sont comme ci, comme ça et les femmes comme ci, comme ça et surtout pas autrement. Il est vraiment établi que le gène du ménage est un gène typiquement féminin et le gène de connaître sous le capot de la bagnole un gène typiquement masculin, c’est bien connu, c’est aussi bien établi que la phrénologie, et seuls les benêts et les simples d’esprit (sûrement des femmes) contesteraient cette vérité aujourd’hui. Et il en est de même sur tout l’univers : que les femelles fassent la vaisselle pendant que les mâles réparent les vaisseaux et les supernova s’en trouveront circonscrites. Par contre, il a visiblement échappé à Morvan, et à Buchet (parce que pour dessiner sur un scénar il faut l’avoir lu, quand même) que sur Terre, il  a existé et existe des sociétés matriarcales, donc qui échappent à l’ordre cosmique, ce qui doit en effet expliquer le réchauffement climatique, l’augmentation des impôts et la perte du dernier triple A français.

Donc femme = excès et futilité. Cool. Je pense que toutes les femmes seront heureuses de l’apprendre. Après tout, après les décors façon estampe on pouvait bien s’attendre à un cliché aussi moisi.

Par contre, je me demande ce qui s’est passé entre Artifices et Monde Flottant ? Un divorce, peut-être?

Et je me demande aussi si j’ai vraiment envie de lire la suite. Jusque là, c’était une série que j’appréciais, mais, sûrement d’apprendre que je suis futile et excessive, ça m’a refroidie, jusque là j’avais vécu dans une bienheureuse ignorance…

Oct 292012
 

Dessin : Terry Dodson
Scénario : DP Filippi
Parution : octobre 2012

La très séduisante et précieuse Coraline nous revient enfin dans un album qu’on aurait espéré haut en couleur. Après le travail assez fin et fantasque du premier, après une si longue attente, (6 ans je crois ) on était en droit d’espérer un album au moins équivalent. Si l’histoire se développe et permet de faire tomber les masques en ce qui concerne le caractère nunuche de Coraline ainsi que celui du très discret Vernère, les qualités graphiques de Dodson se réduisent comme peau de chagrin.

Malgré une sortie éternellement repoussé, le dessinateur semblait pourtant avoir le temps nécessaire pour donner un lustre magistral pour clore ce diptyque. Et bien non, dès les premières planches, on est surpris par le coté brouillon du dessin, cette impression ne fait en plus que se renforcer au fur et à mesure de la lecture, si bien qu’à la fin de l’album, le lecteur se surprend a douter des qualités du trait de Dodson. Pourtant Terry Dodson n’est pas n’importe qui, malgré la légèreté du premier tome de Songes, l’album à très vite été épuisé. Et pour cause, il excelle dans la représentation de Pin-up de Comics, ce qui n’est pas sans satisfaire une clientèle masculine. Pour la sortie du tome 2, il a même droit à un vernissage dans une galerie parisienne !

Pourtant, on ne peut que déplorer dans ce dernier album un dessin tracé à l’emporte pièce. Les traits de construction n’ont pas même été gommés, et certains détails, comme les bijoux sont à demi dessinés. Dommage, d’autant que certaines case restes des plus charmantes (j’aime tout particulièrement la scène où notre héroïne se coiffe). Alors reste le scénario comme je vous disais. Celui-ci se montre enfin un peu plus consistant, la niaise Coraline parvient à nous surprendre par son caractère entreprenant ce qui aura pour conséquence de brusquer le dénouement. Est-ce-à dire que l’histoire est digne d’intérêt ? C’est au lecteur d’en juger, mais nulle doute que cet album parviendra malgré tout à trouver son public aussi rapidement que l’avait fait le premier, surtout que les allusions les plus coquines sont ici largement assumées. Ne tardez-donc pas à vous le procurer si vous souhaitez compléter votre collection, pour les autres, c’est à voir, les Bd maillées de beaux seins dessins restent tout de même accessibles, Songes 2 n’est pas une exception.

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Juin 082012
 

Scénario : Loisel
Dessins et couleur : Sternis
Éditions Vents d’Ouest
Année : 1998

Pyrénée est l’héroïne d’un conte inspiré du célèbre Roman de Rudyard Kipling : Le Livre de la jungle. Notre jeune cousine de Mowgly vit quand à elle dans un massif tout aussi sauvage que la jungle mais beaucoup moins exotique pour un lecteur français.

Pyrénnée est devenue sauvage à la suite d’une catastrophe ayant permis à un ours d’échapper du cirque où il était enfermé. Dans sa fuite, il emporte avec lui une petite fille qu’il prendra sous son aile durant tout l’album. Écrit comme un conte initiatique soulevant quelque questions philosophiques, Pyrénée est un titre qui sait d’adresser autant aux enfants qu’a un public adulte. Chaque génération y trouvera matière à se faire plaisir par la lecture de cet album frais et inattendu. Osez dans sa mise en page, l’héroïne se promenant en tenue d’Ève, Sternis , connu pour ses illustrations pour enfants,a su trouver l’équilibre nécessaire pour ne pas choquer le lecteur qui au final se prête aisément au jeu.

Émaillée de divers épisodes, Pyrénée soulève des questions qui façonne le personnage de l’histoire et interroge en même temps le lecteur. Quel est la place de l’homme dans la nature ? Quelles relations doit-il avoir avec les animaux, les plantes ? Qu’est ce que se nourrir ? Sans être rébarbatif, la finesse de l’écriture (On doit à Regis Loisel La Quète de l’Oiseau du Temps et Peter Pan) comme la tendresse des dessins servent un but commun de noblesse : la simplicité.

Remarqué par son originalité, Pyrénée est un titre à lire au moins une fois. Et les parents peuvent sans inquiétude offrir à leur enfant un titre riches d’émotions et d’intelligence.

Pour aller plus loin :
interview de Sternis
interview de Sternis 2

Fév 042012
 

Dessins et scénario : Marini

Le retour en force du peplum initié à la base par GLADIATOR (ouais, en capitales, ça pourrit les yeux, mais ça fait plus romain, d’abord!) fait des petits, tant au niveau des films (logique, j’aime faire de la tautologie, parfois), qu’au niveau des séries (Rome, Spartacus…) et finit par envahir la BD.

Deux gorilles pour le prix d'un ! c'est les soldes !

Les Aigles de Rome va donc traiter d’aigles et de Rome. …………… en fait non, je vous mène en bateau.

Mais pas complètement.

Oui, il sera question de Rome. Mais pour les aigles, vous verrez vous-mêmes !

Au début de l’histoire (et de l’Histoire), nous avons Valérius Falco et Arminius, deux gamins que tout oppose a priori mais qui vont devoir cohabiter, et s’entraider. Et pour cause, Arminius (ou Ermanamer) est envoyé par sa tribu, les Chérusques (faisant partie des Germains) comme otage à Rome pour y recevoir une éducation latine. Et cette éducation lui sera dispensée par…. le père de Falco. Le reste appartient à l’Histoire, si vous ne connaissez pas Arminius, et ne voulez pas vous spoiler l’histoire, ne googlisez pas Arminius (et là, à cet instant précis, je suis sûre que vous êtes sur la page Arminius de  wikipedia !)

Au niveau visuel, force est de reconnaître que Marini est un excellent dessinateur et coloriste, à part des proportions parfois un poil farfelues (nos héros sont parfois bien prognathes!!! on dirait du comics pour certaines choses), c’est magnifique, certains décors sont vraiment sublimes, l’ambiance de certaines cases est très bien trouvée, la mise en page est dynamique, tout est positif, à part le côté un peu péplum caricatural.

Peplum caricatural ? en fait, tout bonnement le « nouveau » peplum, qui se la joue très « adulte » façon 300, Spartacus (je me fais ma pub), avec la virilité exacerbée, les combats gores et sanguinolents et les scènes de fesses. Là où le bât blesse, c’est que le premier volume des aigles de Rome tient vraiment plus de Spartacus que de Rome, et c’est vraiment con. Nous avons donc une compilation de scènes de combat et de fesses afin de monter qu’on était en plein dans la décadence romaine (romain = décadent, c’est bien connu, sinon c’est plus Rome).

C’est donc avec une appréhension certaine que j’ai acheté le second tome, parce que le seske featuring le sang avec un cousin de Rahan et le neveu de « Un-Romain-archétypal-sauf-qu’il-a-des-zyeux-bleus », très peu pour moi. Je préfère mettre les 14 euros ailleurs (à ce propos, à la Fnac, c’est des voleurs, tous les tomes sont étiquetés à 13.95 euros et passent à 13.99 en caisse).

Falco est aussi dompteur de cheval !

Heureusement, c’était une bonne surprise qui m’attendait. en fait, l’histoire démarre vraiment au second tome, et donne l’impression que le premier était là pour appâter les chaland  avec des fesses et de l’hémoglobine. Limite, vous pouvez entamer direct avec le second tome, vous ne perdrez pas grand chose. Le troisième volume m’a confortée dans cette idée, et laisse augurer une suite à l’avenant.

En bref, une bonne BD, à découvrir, mais dont le premier tome n’est pas révélateur. Je ne vous conseille pas de vous arrêter à cette première impression.

Jan 052012
 

Scénario : Emilio Ruis
Dessins : Anna Mirallès
Sortie : novembre 2011

Après le succès de la série Djinn, les auteurs reprennent de plus bel avec ce nouveau titre Muraqqa’. Emilio Ruis qui travaillait dans l’ombre de son épouse sur la précédente série, prend ici la place du scénariste sans pour autant renoncer à son active collaboration avec Anna Mirallès. Ce nouveau titre reste dans la continuité de la première série, voici encore une histoire qui fera entrer le lecteur dans le monde sensuel des gynécée orientaux. Cependant, Muraqqa’ opte pour une mise en scène moins racoleuse et clairement axé sous le signe de la spiritualité.

C’est ce principal aspect qui m’a interpelé. En plus de la couverture qui, pour une fois, ne semblait pas se servir de la culture indienne comme un simple prétexte pour une mise en scène exotique. Reste a savoir si ce titre tient ses promesses ou s’il va finalement sortir de ce cadre prometteur.

Les premières pages sont des plus encourageante, on y découvre Priti dessinant dans le plus simple appareil au beau milieu d’une troupe d’animaux sauvage. Un Saddhu vient  a sa rencontre pour le lui reprocher, la remarque de notre héroïne reste pleine de bon sens, mais dans l’Inde hindou, il n’appartient pas à la femme de s’engager dans les voies spirituelles. Remarquée par son grand talent à la cour du Maharaja Monghol Jahangir, Priti doit quitter son village et la nature qu’elle chérie tant pour se mettre au service du souverain.

A partir de là, on entre dans le vif du sujet, Priti est introduite dans le gynécée par l’eunuque de la reine qui en plus de lui expliquer les règles qui régisses ce lieu privilégié, il lui dévoile le rôle que l’on attend d’elle. La jeune femme doit confectionner un muraqqa’, un livre patchwork illustré des portraits des femmes composant le gynécée. Bien sûr dans ce monde cloitré, plus d’une épreuves risques de détourner ou corrompre la jeune femme excessivement naïve. Cela est si prégnant qu’à la fin de cet album on ne se demande pas si elle parviendra à composer son œuvre, mais plutôt si Priti succombera à la débauche.

C’est donc de ce point de vue, une grosse déception lorsqu’on s’attendait à quelques chose de plus fourni, de plus vrai. De plus, la mise en scène et l’intrigue donnent surtout à Muraqqa’ l’impression d’être un documentaire. Le choix de la jeune femme introduite dans un lieu nouveau sert trop facilement de prétexte à une description systématique de l’environnement. Ici c’est comme ça, un tel et une telle est dévolu à telle charges etc. Le récit au final ne fait pas naturel, et la composition des planches n’aide pas à se dépêtrer de cette impression artificielle qui rappel la structure d’un dictionnaire.

Anna Mirallès travaille case par case, son mari s’occupe de recomposer les planches sur ordinateur ce qui lui permet au loisir d’agrandir ou de rétrécir les cases. Si cette technique semble fasciner le Web, elle dévoile vite ses défauts dans la lecture. On remarque bien que l’ensemble accuse  un problème de cohérence et que certain élément manque de détail quand d’autre sont à côté assez soigné. Normal lorsqu’on change l’échelle originale d’une case.

Le dessin d’Anna Mirallès, sans être aussi beau qu’on le prétend, est fin et délicat. Peut être un peu trop dépouillé par moment. Mais quel force, quel trait dans les costumes et les bijoux des femmes ! C’est vraiment tout l’atout et la force de cet auteur. On n’a jamais vu de parure aussi belle dans une bédé ! Et pour en revenir à ma première idée, le soucis de l’exactitude du costume est respecter. Sans connaître l’histoire vestimentaire en Inde, on reste cependant assurer de leur provenance géographique. Le regard d’un historien d’art nous dira si l’époque est respecté.

Enfin, notons aussi que les personnages manquent cruellement d’expressions. La scène de la dispute des princes est révélatrice à ce propos. Les dialogues sont comme en décalage par rapport à leur attitudes. Dans cette même scène, les personnages sembles stoïques, seul la remarque faite à ce propos permet de comprendre la tonalité du dialogue.

On s’attendait à un titre plus percutant, Muraqqa’ reste dans la lignée de ce qu’on lit aujourd’hui. Ni très incisif sur la critique de la société du XVIIe, ni très mouvementé dans sa narration, Muraqqa’ est tel une fleuve tranquille qui avance dans jamais rencontrer le moindre accros sur sa course. Cela manque de surprises et d’intrigues . Ce premier album ne fait qu’esquisser un monde et des personnages sans leur laisser les moyens de se dévoiler du moins en parti.

Ce titre reste un album agréable et prometteur, il serait injuste d’en nier les qualités réelles. Le lecteur reste sur sa faim, la balle est désormais dans le camps d‘Emilio Ruis et d’Anna Mirallès.

Août 252011
 

année : 2004
Scénariste : Dufaux
Dessins : Delaby


Une jolie rousse

Pour ceux qui connaissent Rosinsky, le titre est familier, en effet il s’agit d’une autre partie du cycle de la complainte des Landes perdues, sur laquelle il avait travaillé à l’époque, pour l’arc Sioban. Cette « saga » (même si j’hésite à lui donner ce nom) n’était pas franchement inoubliable, ni Rosinsky, ni Dufaux ne paraissant au meilleur de leur forme : le dessin se « laisse aller » à la facilité (on est loin d’avoir le même travail que sur Thorgal, même si certaines cases sont belles) et le scénar ne va guère plus loin que les poncifs du genre heroic-fantasy. Bref, rien de transcendant à l’époque, je m’étais même carrément ennuyée.

Mais bon, arriva ce cycle avec Delaby au dessin et à la colorisation, ce qui avait quand même plus d’allure que le dessin certes très beau de Rosinsky, mais aux colos qui sont loin d’être à la hauteur (ceci dit, c’est quand même moins minable qu’au début de Thorgal avec des couleurs criardes et baveuses). Et puis, Delaby, c’est Murena, donc ça ne peut pas être mauvais.

En effet, esthétiquement, c’est magnifique, les dessins et la colo sont très soignés, et on est même surpris qu’il arrive aussi facilement à passer de l’ambiance méditerranéenne de Murena à ces couleurs froides, ternes, et brumeuses ! L’ambiance est bien retranscrite, et il n’y a pas d’exagération dans le grisâtre (parce que parfois, certains illustrateurs, ou réalisateurs) pensent que pour dépeindre une ambiance du nord, il fait tout miser sur le gris, à tel point que les couleurs semblent avoir disparu !

Néanmoins, scénaristiquement, j’ai trouvé ça un peu léger, beaucoup moins que pour Sioban, c’est sûr, on va moins dans les clichés, mais je me demande un peu comment construire un vrai cycle sur les éléments d’intrigue qui transparaissent dans ce premier volume, qui me semblent un peu minces : on a certes la mise en place de personnages comme Seamus, et de groupes comme celui des sorcières, mais je me demande comment il va pouvoir tenir 4 volumes là-dessus. (je n’ai pas encore acheté le second tome, d’après les avis que j’ai pu voir, il a l’air de partir en cassoulet, je verrai, je le lirai peut-être en bibliothèque!). Ceci dit, seule, je trouve que la BD fonctionne plutôt bien au niveau de sa narration et presque, qu’elle se suffit à elle-même.

En bref, une très belle bd, mais dont le scénario est hélas un peu trop mince pour élaborer une série, mais qui peut très bien se lire en « one-shot ».

Fév 202011
 

Auteurs : Dufaux et Xavier
éditeur : Le Lombard

couverture croisade

couverture du premier tome

Difficile de vous parler de cette bédé sans tomber dans une diatribe. Pourtant, tout le web semble s’accorder sur le fait que ce titre soit génial. Je suis bien loin de partagé ces éloges. L’histoire de cette bédé ce passe, vous l’aurez compris, du temps des croisades. Et là où il y aurait matière à de grands développements, des scènes épiques et des intrigues passionnantes, le scénario de cette bédé à choisi de faire dans le grotesque et la caricature. Nous avons d’un côté des croisés mesquins et manipulateurs, gangrénés par des traitres et, en face, des musulmans héroïques servant surtout de détail-pour-faire-vrai. Les personnages sont creux et les relations qui les lies, vraiment attendues. Ici, le décor historique sert de prétexte pour faire gober aux lecteur n’importe quoi conduisant à faire de cette série (car c’en est une, déjà 4 tomes !) un titre ridicule au possible. Niveau crédibilité, on ne va guerre plus loin qu’Hollywood, c’est pourtant bien cet aspect documenté qui est mis en avant. On a donc des hommes mutants, des génies sadhu qu’on fait passer pour des prophètes musulmans, des monstres gluants, des démons vaporeux et des déserts cuisants. Un amalgame qui figurerait dans une anthologie du ridicule mais qui ne semble néanmoins pas gêner nos auteurs.
croisade Bd
Le pire dans tout cela, c’est que le dessin très « Lanfeust » n’arrange rien. le trait sobre est correcte de prime abord, mais les personnages semblent d’une case à l’autre ne pas se ressembler. Les profils ne correspondant pas au visage de face par exemple sont assez frappant. Et les scènes voulues sensuelles, ne sont qu’étalage d’anatomie grotesque, les femmes avec des poteaux pour jambes sont bien plus agréable couvertes. Quand à la mise en scène, elle n’a rien de mauvaise, mais elle tombe souvent dans le grand guignol, témoin, le « dépliant-rama » de milieu d’album qui nous oblige à déployer les cahiers, qui en plus d’être encombrant et gênant pour la lecture, est tout à fait inutile à l’intrigue. Les auteurs ont cru avoir une bonne idée, et les voilà qui remette ça à chaque fois, tel un automatisme nécessaire au rythme de l’album. Sauf que l’effet voulu est nul. Dans une bédé, ce n’est pas le format de la page qui produit un quelconque effet, mais bien la mise en scène (sinon les mangas poches ne s’arracheraient pas comme des petits pains). Je cherche encore l’effet voulu de la mise en avant d’un déplacement de troupe. Et puis, il faut le dire, la colo très médiocre n’arrange rien. Elle ne fait que suivre le dessin sans lui apporter de profondeur. Les ombres semblent posées au pif, le travail est même assez grossier par endroit. Certains portraits très réussis sont gâchés par la couleur. Les décors dépouillés sont sans saveurs aucunes : le ciel n’est qu’un aplat de couleurs unies, pareil le sable désertique. La lumière du désert n’est absolument pas retranscrite, on ne sens absolument pas la chaleur accablante. Onomatopées et dialogues sont à l’avenant. Les effets dramatiques ne fonctionnent pas avec des booom ! et des phrases convenues ou des expressions toutes faites. Les mots répétés comme « vivant…vivant.. » ou « invisible… invisible » donnent que peu de crédibilité à une psychologie de contoir.

En somme, alors qu’on se devait d’espérer un bon titre, nous avons entre les mains un titre fade et presque kitch. De là à dire que le titre est mauvais serait un mensonge. L’histoire se suit, même sans nous transporter. Le dessin s’apprécie sans émerveiller. On aimerait que les auteurs se lâchent et aillent plus loin que cumuler les déjà-vue. Car le titre conserve des ponts forts mais se laisse trop facilement aller à la facilité. Dommage !

Juin 142010
 

Scénario : Kurimoto Kaoru
Dessins : Sawa Hajime
Genre
: Seinen

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Guin saga est le genre de manga qui nous pousserait très facilement à la faute de mauvais goût en passant à côté. Les couvertures carrément horribles que l’on doit à Naoyuki Kato sont le point le plus négatif de ce titre malheureux. De plus, une aura de Fantasy moisie semble en émaner. Et pourtant, pourtant, ce serait une grossière erreur de s’arrêter sur cette impression combien légitime ! Explication :

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C’est au génial dessinateur, et seulement à lui, que l’on doit tout l’intérêt de ce titre. Son dessin, disons sans rougir, véritablement exceptionnel, sa mise en scène véritablement haletante rythme un manga digne des plus grands. L’histoire mérite à peine d’être évoquée tant elle brasse médiocrement tous les clichés les plus pitoyable du genre. Combat entre royaumes, manichéisme affirmé, antagonisme extrême, êtres féériques, esprits diaboliques et mal mystérieux… sans oublier le lot de prophéties et de pouvoirs esotériques qui vont avec.

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Mais oui, Guin Saga dessiné par Sawada Hajime mérite largement qu’on s’y attarde. Car une histoire même sans originalité (qui sort tout droit d’un roman japonais) devient avec lui une quête haletante qui ensorcèle le lecteur et le rend complètement dépendant. Oui, le volume 4 est un peu mou, mais il y a tant de promesses qui s’en échappent que c’est avec la même impatience qu’on attend le volume 5 !

Le seul véritable défaut à noter et celui du nombre restreint de pages, et une tendance du dessinateur à se laisser emporter par les panoramas redondants qui perdent alors en efficacité. Ah si, un autre : l’éditeur, qui se paie notre tête en nous faisant payer plus de 30 pages de pub en fin de chaque volume, et ce pour grossir artificiellement chaque tome, très audacieux pour nous appâter!

A lire !

Août 312009
 

auteur : Yuzo Takada
volumes : 5
éditeur : Pika (épuisé)

Mes chers amis, permettez moi, en ces jours de buggage du serveur de vous présenter rapidement ce titre secondaire de Takada, le roi du paranormal qui a excellé dans 3×3 eyes. Difficile à ce procurer aujourd’hui, les 5 volumes de ce manga, qui sans être particulièrement époustouflant, vous procureront tout de même un certains plaisir.

Genzo est un jeune marionnettiste qui après la perte de sa femme Saki, a perdu le gout de la vie au point de ne plus parvenir au sommet de son art. Il gagne sa vie en louant ses services à des particuliers qui ont besoin de ses dons de prestidigitateur pour résoudre les problèmes plus ou moins important de leur vie. C’est ainsi que malgré son air froid et détaché, travaillant à la recherche d’un corps à mouler pour copier en marionnette sa défunte femme, Genzo accepte certaines missions qui ne sont pas sans dangers et qui le mèneront à vivre de trépidantes aventures et à nouer des amitiés…

C’est ainsi que notre héros ira à la rencontre d’une jeune noble Kiku, afin de copier le corps de son époux défunt dans le but d’éviter un mariage arranger qui cache les intrigues d’une cour en mal de puissance. C’est en découvrant la malice qui se cache dans l’entourage de la princesse, grâce à la faculté qu’il a de voir les morts, qu’il acceptera sa mission…

Bien sûr les marionnettes de Genzo ne sont pas si innocentes que ça, Elle cache tout un mécanisme capable de les transformer en monstre automate très utile pour ficeler les pièges de Genzo.

Genzo est donc une œuvre courte qui semble appeler une seconde partie, et qui en 5 volumes, montre comment Takada est capable de changer de registre assez aisément et de maîtriser un style différent afin de nous offrir réellement de nouveaux personnages. Assez singulier pour être lu, Genzo est un manga sans trop de prétention qui à le mérite de ce démarquer du lot, comme toujours avec les oeuvres de Takada !

Bonne lecture!

Août 212009
 

J’usqu’à présent, malgré leurs parutions mangas des plus intéressantes, entre les oeuvres de Taniguchi et L’Habitant de l’Infini, j’avais boudé Casterman,. Faut dire qu’il y a quelques années, Casterman, c’était pas jojo… entre le papier recyclé et des reliures pas toujours du plus bel effet, c’était rebutant et un peu dommage pour les oeuvres publiées.

Mais enfin, ils ont changé, et j’ai fini par m’en rendre compte.

Donc je me suis dit : et si je me lançais dans Quartier Lointain ?

Voici le pitch : Hiroshi Nakahara, salaryman quadra tout ce qu’il y a de plus banal, se retrouve, s’étant trompé de train, bel acte manqué, dans sa ville natale plutôt que de rentrer à Tokyo. Il décide donc de se recueillir sur la tombe de sa mère. Et s’évanouit devant cette même tombe. Lorsqu’il se réveille, il a 14 ans, mais toute son expérience et sa façon de penser d’adulte, et par ce biais, il va se retrouver à influer sur son destin.

Que ce soit le dessin ou la narration, tout est magnifique, aérien, la gestion du temps, de la temporalité est extraordinaire. En plus, le message délivré est très beau, très humain. On y retrouve une maxime sur la conception des relations familiales, sur les relations humaines… Un manga profond et touchant, plein de justesse et de psychologie. Un titre comme on aimerait en voir plus souvent.

Vraiment un incontournable !

Dernière chose : je vous conseille la version 1 volume plutôt que celle en deux volumes (même si le prix peut paraître rebutant : 26 euros…); d’une part, parce qu’elle est plus jolie (et à mon avis plus solide que l’autre qui est simplement collée) et que vous aurez les pages couleurs (qui sont superbes, ce serait dommage de s’en priver), d’autre part, parce que, au final, elle est en fait moins chère que les deux volumes, même si vous ne gagnez au final qu’un euro, vous aurez quand même quelque chose de nettement plus beau et mieux fini…

Bon, dès que j’ai le temps (et l’argent), j’entame Le Sommet des Dieux, Le Journal de mon père et tous ses autres travaux !