Août 142012
 

Production : UTV Studios
Distribution : Disney
Directeur : Arnab Chaudhuri
Producteur : Siddharth Roy Kapur
Sortie (inde) : 25 Mai 2012

On ne l’espérais plus, ce film a tellement fait attendre ses fans qu’on se demandait s’il allait enfin voir le jour. Mais le voici, et je l’ai même raté de plusieurs mois ! Le film est déjà disponible en DVD en Inde, mais aucune date de distribution n’est à l’ordre du jour dans nos latitudes (et si, depuis cet article, il est sortie en février 2015 !). Pourtant, après un long silence, on découvre que Walt Disney fait parti de l’aventure. Il semblerait que le géant américain, coutumier de patronner l’animation indienne après notamment Road Side Romeo se soit intéressé de près à ce projet d’envergure. C’est ainsi qu’en février de cette année, la firme américaine à racheté (pour plus de 360 millions de dollars) le studio de cinéma UTV qui a à son actif de nombreux blockbuster. Déjà en 2006, Walt Disney possédait 14,9% du studio de Mumbai. Il est un fait que la bataille fait rage entre les investisseurs occidentaux pour gagner des parts de marché dans ce pays où l’économie des médias est florissante et apporte une richesse incontournables au niveau international. A l’heure actuelle, la compagnie deviendra The Walt Disney Co. India. Pour le studio de cinéma indien, devenir une branche de Disney est le meilleur moyen de percer sur le marché mondial et non plus comme simple sous-traitant. C’est aussi pour le public occidental une garantie d’une certaine qualité. Le film La fée Clochette, a prouvé, dans l’ombre, que l’Inde recelait de grands animateurs. C’est maintenant dans la lumière que ce film perce.

La maitrise des couleurs et des ombres font de Arjun le plus beau film d’animation indienne.

Il reste dommage que le film n’est pas été achevé en restant 100% indien. Il est pourtant évident que Disney n’y a contribué que de loin, comme contrôleur qualité. Porté par un studio de cinéma, Arjuna le prince guerrier est au delà de tous les précédents projets du pays. Doté d’un budget de plus de 500 000$, et conçu dès son origine avec une direction artistique innovante. En effet, le directeur Arnab Chaudhuri avait orienté son film dès le début en s’inspirant de l’univers Anim/Manga qu’il considère plus propre à représenter les caractéristiques d’un film mature. Exit donc le style cartoon propre aux productions indiennes, place à un univers visuel dominé par la couleur, les ombres et les perspectives. Exit aussi les chansons Bollywood qui font les délices d’un public préférant les productions plus légères. Le scénario, inspiré de la longue fresque du Mahâbhârata sort enfin des sentiers battu du Râmâyana. Après Eklavya, Arjuna va offrir une intrigue plus complexe et plus dense propre à intéressé un public adulte occidental.

Le destin des personnages du Mahâbhârata sont aussi tragique que moderne.

Avant de nous pencher sur l’histoire, disons quelques mots sur les qualités visuelles du films. Enfin, enfin, l’Inde porte un projet ambitieux, loin des querelles des studios d’animations où chacun a à cœur d’offrir sa version du Ramayana, ici UTV fait cavalier seul et réfléchi avant tout à offrir, plus qu’une morale religieuse, des émotions au spectateurs. A ce propos, Krishna qui fera plusieurs apparition est vue comme il l’est décrit dans l’épopée : c’est un roi et non un dieu. Le film est dessiné dans une sorte de cell shading  : l’univers est en 3D mais donne cette impression de film animé traditionnel. Les décors sont plus traditionnels, on regrette cependant certaines incrustations vidéo des moins heureuses. Le chara-dessign est excellent et ne varie jamais d’un ton : pas de disproportion des personnages (sauf hélas avec quelques animaux comme on l’avait vu à l’époque dans Aladdin). L’animation est d’une grande fluidité, mais parfois trop rapide (notamment lors des travellings) : c’est un vrai plaisir que de voir chaque doigt animé, de voir bouger la queue d’une vache et aussi de découvrir des personnages non figés etc. Malgré tout, on a quelques fois le sentiment que les personnages sont mal insérés dans leur décor. Les animations de foules sont, par contre, impressionnantes. Il y a donc de la très grande animation qui côtoie des séquences plus décevantes (rappelons que la série Krishna était impeccable à ce niveau là, mais moins ambitieuse). Les nombreuses scènes de combats, inspirées des arts-martiaux indiens comme le Kalaripayattu et le Thang-Ta sont impressionnantes par leur qualités, et disons le, inédite en animation. L’ensemble reste très agréable et d’un haut niveau.

Dans les scène de foule, chaque personnage est animé. Chacun ayant, en plus, des traits bien distincts.

L’histoire de ce film ce passe avant la grande bataille racontée au centre de l’épopée. Dans Arjun The warior Prince, il s’agit avant tout de dévoiler les raisons de cette grande tragédie future qui réside dans cette guerre fratricide qui décidera du sort de milliers de guerriers. L’histoire commence dans l’ermitage de Drona, la scène n’est pas sans rappelé les références d’une série comme Spartacus. Les 5 pandava-s sont amenés auprès du maitre afin de bénéficier de son entrainement, à l’instar de leur 100 cousins les Kaurava-s. L’inimitié entre les deux familles est déjà transparente mais les vertus des 5 fils de Pandu brillent parmi les nombreux élèves de Drona. L’un plus que les autres, Arjuna. Duryodhana est le Kaurava le moins prévenant envers ses cousins. La scène de la course de char, en plus de montrer tout le talent des animateurs, permet de mettre en exergue cette inimité. On découvre également la fraternité sans failles des 5 héros et leurs grandes probités qui les distinguent de leurs cousins. Dhritarastra, règne sur le royaume prospère et vertueux de Pandu, son demi frère. Cependant, la succession est désormais ouverte et le vieux roi doit choisir comment répartir son empire entre son fils, Duryodhana et ses neveux, les 5 Pandava-s. Le monarque partage son royaume entre les deux branches cousines, ce qui n’est pas au gout de l’ombrageux Duryodhana qui va tout faire pour récupérer l’héritage des panduides.

Les architectures sont également de très grande qualité.

En puisant ses références claire à Ben-Hur, où à des productions plus récentes comme Spartacus ou Rome, le film s’inscrit dans une dramaturgie aux mécanismes classiques, ce qui permet au public occidental de se raccrocher à un référentiel connu. Pour autant, par certains moments, les choix et les actions des personnages n’apparaitra pas aussi claire aux spectateurs peu familier avec cette culture. Peut-être certains éclaircissements auraient étés nécessaire pour rendre la lecture du film plus aisé. Quoi qu’il en soit, malgré ses défauts, le film est assez riche et divertissant pour intéresser le spectateur français. Si vous appréciez les histoires héroïques, le ton dramatiques de l’action, les aventures de guerriers qui défendent leur honneur et la justice ; si vous êtes allergiques aux chansons Bollywood et au histoires frivoles, alors aucun doute, Arjun, the warior prince est un film à voir. Doté d’une réalisation qu’on espérait plus et d’une mise en scène très hollywoodienne, le film de UTV Studios/The Walt Disney Co. India s’en sort avec les honneurs !

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Pour aller plus loin :

http://www.livemint.com/2012/02/01230230/Walt-Disney-acquires-controlli.html

http://www.telegraphindia.com/1120516/jsp/entertainment/story_15491833.jsp#.UCYs_FIVLkd

Déc 112011
 

Production : Fountain Pixel
Réalisation : Abhijeet Nene

A défaut de vous présenter enfin Arjun the warior prince, je me rabat sur une production de moindre envergure, à savoir Eklavya l’invincible. Rassurez-vous, ce choix par défaut n’est pas non plus dénué d’intérêt. Eklavya reste un film d’une qualité technique assez moyenne : l’animation manque de fluidité, le dessin est très inégal et pas très original. On ne touche pas le fond, mais d’emblée, on comprend que ce film ne fera pas avancé le niveau de l’animation indienne, au contraire.

Eklavya tient par deux éléments porteurs : l’histoire du film est innovante (enfin un film qui ne narre pas encore et toujours les aventures de Rama). Et cette intrigue est même assez passionnante. On regrette certaines longueurs puériles et largement inutiles, mais n’oublions pas qu’Eklavya s’adresse avant tout aux enfants. Le film raconte comment le jeune prince Eklavya, en accord avec ses parents, va chercher à perfectionner sa maitrise de l’arc en partant à la recherche du maître des pandavas, Dronacharia ou Drona. Ce dernier le refuse comme élève puisqu’il ne peut enseigner à une caste inférieur (Eklavya est le prince d’une tribu), mais en retour, il lui offre sa bénédiction. Malgré une période de doute et de frustration due à la sévérité de la réponse du maitre d’armes, Eklavya fini par s’en satisfaire et heureux de sa bénédiction, façonne une idole à son image et sous le regard de son maître, perfectionne seul son art.

Drona remarquera la supériorité d’Eklavya sur Arjuna. Mais pour que s’accomplisse le Dharma d’Arjuna, il demande alors le pouce droit à Eklvaya en guise de rétribution comme maître. Eklavya s’exécute. Le conte s’arrête ici, mais le film pousse plus loin l’intrigue, Eklavya continue son entrainement malgré son handicap et retourne ensuite chez ses parents accomplir de grands exploits… A ce scénario captivant, s’ajoute une ambiance musicale très soignée comme bon nombreux de films animés indiens. Il reste néanmoins décevant de constater qu’avec un tel sujet, Eklavya aurait mérité d’être beaucoup plus technique. La durée du film aurait gagné à être raccourci à cet effet.

Sous son aspect enfantin, ce film d’animation soulève des questions sur le devoir des individus en proposant ici un héros irréprochable, probe au possible mais qui devra vivre dans l’ombre d’Arjuna. D’autre part il renvoi les mythologues sur des questions fondamentales de moral et de justice : Drona avait-il le droit d’exiger un pouce à Eklavya ? Le Dharma d’Arjuna ne pouvait-il s’accomplir sans cet acte ?

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Août 182011
 
Année de production : 2007
Studio : Production IG
Réalisateur : Kenji Kamiyana

Voilà un bon moment que nous devions vous présenter ce titre. Mais faute de temps, vous n’avez rien vu venir. Pourtant, Serei no Moribito est l’une de ses série qui trônent au firmament de l’animation de ces dernières années. C’est une série animée, certes, mais une série qui s’apprécie comme un grand film d’animation réalisée par un maître. Que ce soit dans sa réalisation, dans son scénario dans sa mise en scène, tout concourt à vous estomaquer dans votre fauteuil. Même les musiques, signées Kenji Kawai ne sont pas en reste ! La messe est dite.

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Est-il besoin de vous parler de l’intrigue pour vous donner envie de tenter l’aventure avec Balsa, l’héroïne de cette série ? Je ne le pense pas, mais puisqu’on y est, allons y. Balsa est un personnage qui possède déjà un lourd vécu. Les événements de la vie, ont obligé notre experte en art martiaux à prendre la vie de 8 personnes. Pour se racheter, Balsa à entrepris d’en sauver autant. Parcourant le pays, Balsa croise un convoi impérial. C’est alors qu’un incident se produit, la vie du très jeune prince Chagum est en jeu. Sans hésiter, elle le sauve, non sans remarquer que le jeune prince semble lié à une force mystérieuse…

Les vies de nos deux protagonistes vont se retrouver liées pendant ces 26 épisodes,  Balsa ayant fait le serment de protéger Chagum des dangers qui le menacent. Le déroulement de la série va plonger les spectateurs dans un univers passionnant qui dévoilera une riche intrigue, savamment orchestrée. En plus, d’une enquête qu’il faudra conclure pour résoudre les causes de cet acharnement, une quête ésotérique parallèle se dénouera offrant toute la richesse de l’imaginaire médiéval japonais.

Serei no Moribito est avant tout une aventure humaine qui touchera par la profondeur et le réalisme des sentiments qui y sont exposés. Le caractère des personnages est réellement saisissant et rien ne rompt l’ambiance envoutante de cette série. Ici, pas de facilité scénaristique, ni de cliché calibré pour le grand public. C’est avec plaisir qu’on ne verra pas de bouncing boobies ou autre humour régressif, voire, dégradant qui sont aujourd’hui hélas légion dans la quasi totalité des productions sortant de l’archipel. Serei no moribito est un must dans le bon goût ce qui ne fait qu’étayer la crédibilité de l’ensemble de l’œuvre.

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En plus de tout ces ingrédients millésimes, Serei va véritablement vous transporter dans un autre monde. Le spectateur occidental sera piqué au vif par les détails historiques confinant ici à l’archéologie. Costumes, mœurs, artisanats… agrémentent à merveille ce titre qui est de plus servi par des décors grandioses. De grands panoramas sur les rizières, la montagnes ou la belle campagne japonaise ne pourront que vous faire rêver.
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Pour qui veut pour la première fois entrer dans le monde de la japanim, c’est avec Serei no Moribito que je conseille de le faire. Voilà enfin une série qui ne montrera que le meilleur de ce que le Japon peut produire. Pour ceux qui connaissent déjà cet univers, vous l’aurez compris, vous ne pouvez pas manquer cette série qui vous marquera dans votre chair.

Juil 142011
 
Réalisateur : Hayao Miyazaki
Sortie : avril 2002

Je vais donc vous parler de ce film là.

La toile a-t-elle besoin d’une énième critique passionnée sur ce film d’animation grandiose ? Non, je crois pas. Par contre, s’il est impossible de créer un consensus dans le public, comme ce fut le cas pour la presse qui a élevé le titre aux cimes les plus hautes (ce qui est certainement exagéré), il est par contre envisageable de tenter de comprendre certains braquages des mentalités.

Convenons avant tout que jamais la création humaine n’a pu prouver que la perfection était à notre portée. Homère a aussi ses détracteurs. Il n’y a donc aucun crime de lèse majesté à trouver des défauts dans ce film d’animation. De plus, nous avons chacun nos propres conceptions et nos propres attentes sur ce qui nous est donné à lire, voir ou entendre. Partant de là, on peut ne pas accrocher au film. Mais ne pas en démordre sur la niaiserie du titre, le farfelu du scénario et l’abracadabrance de l’univers sont, soit des résurgences d’une mauvaise foi ou pire encore, l’expression d’un esprit hermétique à la culture non-occidentale, soit ici celle de l’Asie.

Cette scène montre toute les limites de l'animation 3d de l'époque.

Des défauts, donc, le film en a. D’abord c’est le premier Ghibli fait avec l’ordinateur et il est frappant que les limites techniques n’ont pas permis d’atteindre la profondeur et la beauté des dessins (surtout des décors) du très merveilleux Princesse Mononoke. Les couleurs sont moins travaillées, les textures sont plus lisses, le tout manque d’aspérités, manque aussi de ces détails qui font vrai.  Ensuite, si l’on connait l’oeuvre de Miyazaki, on a peu d’effets de surprise sur le déroulement du film qui apparaît très vite comme une compilation ou un florilège de l’esprit du maître. C’est l’histoire d’une petite fille qui va traverser des épreuves dans un monde fantastique. Mais c’est dans l’originalité du traitement que Miyazaki a su offrir aux spectateurs de nouvelles sources de dépaysement. Une petite idylle, bien trop facile, sera également à la clef servie dans un écrin de louange à la nature, là encore attendu et peut-être trop moralisateur. Ces défauts suffisent-ils pour alimenter encore les diatribes à l’encontre de ce film ? Non, car ce ne sont même pas là que sont faits les reproches envers le Voyage de Chihiro. Au final, les critiques faites à ce films sont celles faites à l’esprit Miyazaki lui-même.

Miyazaki, est comme vous et moi, il n’est pas intouchable. Cela est certain. Mais n’avons-nous pas le droit d’essayer de comprendre les raisons de ce blocage ? Ne cachent-elles pas autre chose ? Voilà donc le cœur de notre propos.

Le travail préparatoire sur la gestuelle des personnages n'a rien à voir avec les gesticulations dansantes des Américains.

Ce qui revient le plus souvent est que l’histoire est confuse, voire incompréhensible. Sur cela, un seul facteur peut l’expliquer : l’excès de films à l’américaine ou de ces romans modernes où le nom d’auteur est écrit sur toute la jaquette. Ces pompeuses œuvres, clef en mains, avec un scénario se déroulant de A jusqu’à Z sans jamais intégrer d’autres idées complémentaires au scénario principal. L’esprit est habitué à une histoire qui se comprend d’elle même et qui semble suivre un gros câble bien tendu, comme si l’histoire ne pouvait être qu’un téléphérique suivant son petit train-train sans accrocs. L’Asie a une autre vision de la narration. Si en France, ce genre de subtilités est réservé à un public trié, en Orient, c’est un lieu commun. Faut-il pour autant devenir oriental pour suivre Le Voyage de Chihiro sans trop de difficultés ? Non, bien sûr que non, les nombreux soutiens dont jouit cette œuvre le prouvent. Il faut simplement ouvrir son esprit et ne pas envisager ce que l’on va accueillir avec un bagage fait d’aprioris hollywoodiens. Penser que les enfants seront largués est encore une erreur, l’intelligence de ces derniers recèle bien des surprises et pourrait bien nous étonner.

Dans un monde poétique de tels créatures répugnantes n'ont pas droit de cité !

Ensuite, ce qui est le plus décrié est le monde dans lequel évolue notre héroïne. Ce monde auquel nos réticents refusent de concéder les attributs de poétique ou de féérique. Jugeons plutôt : des monstres baveux, des sans-visage informes, des esprits grotesques, tout cela ne peut, pour ces acariâtres, être poétique ou enchanteur. Ne va-t-on pas, là encore au delà de la simple expression du goût individuel ? N’est ce pas, là encore, la conséquence d’une pensée pétrie de préjugés ? Que Dante soit retiré de nos bibliothèques : avec sa description des enfers sordide et répugnante, on ne peut plus accepter de le ranger dans les étagères de poésie. Et Ovide, avec ses étripages très romains, doit le suivre sans plus attendre. Que faire encore de l’affreux Héphaïstos ? De Polyphème, le cyclope rencontré par Ulysse et encore des effrayantes Charybde et Scylla ? Le prince des poètes depuis les pudiques sirènes de Disney vêtues de coquillages colorés devrait-il revoir sa copie ? La poésie doit être propre et douillette. L’argument d’une anti-poésie est donc simplement le fruit d’un manque flagrant de culture classique, d’un manque d’ouverture d’esprit. La faute à qui ?  A la servilité de nos boudeurs qui acceptent trop facilement le modèle normalisant d’une culture de masse moderne, culture qui n’a de cesse de polir les angles des accrocs de l’art. C’est cette même culture qui assainit  nos vieux contes et les rend politiquement corrects. Qui fait triompher les gentils, qui chasse le couteau trancheur d’orteils de la main des belles-sœurs de Cendrillon et lui offre les secours de « marraine la bonne fée », qui ressuscite le petit chaperon rouge, qui chasse les moches, les fous… Les ciseaux d’Houdar de la Motte ont encore de beaux jours devant eux.

Le bien, le mal, tout cela c'est un peu flou. Et si la limite n'était pas si tranchée ?

Ces deux premiers reproches faits à l’histoire du Voyage de Chihiro, se résument à ce que l’œuvre fasse japonaise. Ces esprits acrimonieux ne veulent pas comprendre une autre culture. Il est plus caressant de rester dans des bornes connues. Ici dans Chihiro, comme dans Mononoke, on voyage en plein dans la culture animiste du Japon traditionnel avec un code de pensée basé sur le respects des forces qui nous entourent. En soit, est-il difficile de comprendre que l’esprit d’une rivière peut apparaitre sous la forme d’un dragon capable de prendre l’apparence d’un jeune homme ? Bien sûr que non, mais il faut le vouloir.

Chez Miyazaki, la limite entre le bien et le mal n’est pas clairement définie, ce qui déroute nos esprits conformistes. Les monstres dans Chihiro, n’ont pas une nature méchante et ne sont donc pas condamnés à la fin de l’histoire. Voilà de quoi rebuter les esprits ronchonneurs, avides d’histoires avec un méchant terrorisant qui devra être affronté et battu à la fin. Dans le Voyage de Chihiro, la petite fille va devoir convaincre un monde étranger, et par la force de son caractère, ces êtres hostiles vont devenir ses meilleurs alliés. Le dialogue et la force de persuasion sortent ici grandis. Il ne faut pas s’attendre à des coups d’éclats avec des grandes culbutes à l’américaine. La baguette de Harry Potter ne résoudrait rien et aurait même condamné notre sorcier. Ce monde de fantômes qui effrayait la petite fille au début de l’histoire va lui devenir familier et elle va se montrer très adaptable à cet univers des plus bizarres. C’est peut être ce qui refroidit nos amis revêches : comment peut-on accepter cet univers et ne pas vouloir le démolir comme on éradiquerait le nid d’un rongeur nuisible ?

Indécent ! Ici c'est Chihiro, la petite fille qui tente d'éduquer ses parents !

Dernier reproche « type » et non des moindres, concerne le rôle sacré des parents ici bafoué par le machiavélique Miyazaki. Comment peut-on voir les parents comme des êtres coupables d’erreurs que leur propre fille devra corriger ? C’est bien connu, les parents sont infaillibles. Pour nos rabat-joie, il est intolérable qu’on puisse laisser entendre aux enfants que les parents puissent commettre des impairs qui mettent en danger et leurs vies et celle de leur enfant. Et de surcroit, par leurs égarements, ils imposent à la pauvre enfant des travaux comparables à ceux d’Hercule se rendant aux écurie d’Augias. Miyazaki est l’un des premier à remettre en cause le statut parental si idéalisé dans les productions modernes. Et il le fait pourtant avec intelligence. Comment ne pas comprendre que ce monde enchanté ne peut être découvert que par un être innocent ? Que si les parents tombent dans le piège et se transforment en cochons, c’est également pour critiquer la servilité à l’argent ? Il n’y a personne pour les gronder quant ils se servent dans ces bons plats sans invitation. Grâce à l’argent, ils ne craignent pas la réprimande. Chihiro, elle, doit savoir ce que c’est que de se faire gronder. La retenue lui est donc plus naturelle. Son innocence lui fait pré-sentir un tabou : c’est son lien avec le monde des esprits. Ce dernier préjugé sur la place respectable du père et de la mère comme garant de la sureté de la famille, ce rôle sanctifié dévoile enfin ses faiblesses. Il est imperméable à la magie. D’où l’objet des premiers reproches si étudiés.

Ceci n'est pas le dessin réaliste d'un porc, mais une abomination.

Restent tous les autres avis qui partent du postulat qu’un film animé doit faire rire, que les expressions doivent être grimaçantes, que les gestes doivent être théâtraux voire dansants et que le spectateur doit être émue, qu’aucune réflexion n’est attendue, ou même qu’il faille une chanson spectacle qui va caractériser l’œuvre. Voilà toute une éducation picturale à refaire. Ces esprits revêches ont tellement l’habitude des formes embellies par des crayons trop bien taillés qui corrigent les excès de la nature, qui atténuent les coudes, estompent les genoux, qui suppriment les plis et les mouvements des tissus, ils sont si parfaitement éduqués  aux lumière tamisées que la moindre altération de cet  idéal est vue comme une laideur. S’exercer à l’anatomie, reproduire les éclats de la lumières, le bruissement des feuilles des arbres, le mouvement du vent, agiter les vêtements en accord avec la gestuelle du corps qui les porte, sont, pour ces yeux sclérosés, des disgrâces sans nom. Certes, les visages dessinés par Miyazaki ne sont pas les plus beaux qu’on ait vus, mais on ne peut pas dire le contraire de ceux dessinés par nos amis de chez Disney.  Ce n’est là qu’une question de point de vue et ce n’est pas ce seul argument qui va décider du sort de toute l’œuvre.  Bambi dont le corps ne ressemble à celui d’aucun animal connu est pourtant reconnu comme beau, idem pour le petit Simba dont les membres n’ont aucune structure, il est un lionceau mignon. Mais les sangliers de Mononoke, comme les cochons de Chihiro, bâtis avec une large croupe, dotés d’un corps charpentés et agrémentés d’un groin proéminent, sont affreux.

La petite Sen est bien expressive, pourtant certains feignent de ne pas le voir...

Pour ces personnes, le spectacle ne doit rien revendiquer, et s’il dénonce, il doit le faire en effleurant le sujet, en le rendant divertissant. Alors quand Miyazaki propose ici une œuvre qui vise en plus de faire évader le lecteur à lui offrir quelques réflexions pertinentes, c’en est trop pour les fielleux. Car, qu’un petit poisson clown veuille retrouver son père, c’est une pensée acceptable. Qu’un perroquet veuille retrouver le liberté des forêts du Brésil, aussi. Mais que la société consumériste soit critiquée dans ses fondements mêmes, c’est intolérable. Autant dire que les messages sur le question sur la nature humaine de Ghost in the shell ne sont même pas envisageables ! Peut-être que si tout cela était dit en chantant…

Alors pourra-t-on décrotter les indécrottables ? Peu probable. Car au final, ce n’est pas tant un problème entre deux mentalités asiatique et occidentale qui se pose, mais bien un conflit entre un art qui s’appuie sur un corpus traditionnel d’une part et une mentalité moderne d’autre part qui nie ses propres racines. Car tous ces éléments qu’égraine Miyazaki, ne sont pas en soit des nouveautés dans notre culture. Ce sont les fondements même de notre société auxquels l’œuvre de Miyazaki fait écho. Le druidisme, le culte à Bacchus était-il autre chose qu’une forme d’animisme ? L’Odyssée n’est-elle pas un voyage initiatique dans un monde peuplé de monstres ? L’art de nos musées faisait-il des compromis avec les lois de la nature ? Non, non et non. Mais la pensée juste et normalisante des anglo-américains a laissé des séquelles chez certains. Laissons maintenant à nos esprits étriqués le loisir de se les réapproprier à leur tour.

Juil 062011
 
Directeur : Dhavala Satyam
Studio : Hyderabad-based RVML Animation et  Kanipakam Creations
Année : 2010

L'une des affiches du film Lava Kusa montrant les deux jeunes héros de l'histoire.

Avec un budget de 5 millions de dollars et une équipe de 170 artistes, Lava Kusa fut attendu comme le film d’animation indien devant marquer un tournant dans le développement de l’industrie indienne. Annoncé depuis 2006,  l’élaboration du scénario à nécessité 1 an, après cette première phase, 3 ans de travail supplémentaire partagé entre l’Inde et les Philippines ont permis  d’aboutir à ce film de 120 minutes.

Lava Kusa s’inscrit dans la tradition des films d’animation indien basé sur la mythologie classique. Ce film pioche encore son inspiration du Ramayana, poème épique de l’Inde qui jouit d’une grande popularité dans toute l’Asie. Mais là où le film marque sa différence, c’est dans le choix de son propos qui se concentre sur les deux fils du prince Rama (charmant). Si vous êtes fidèle aux films d’animations indiens, vous connaissez déjà le Ramayana à travers le film de Yugo Sako, ce directeur japonais qui à dévoué sa carrière à mettre en vie la mythologie de l’Inde. Dans le cas contraire, il est toujours temps de vous rattraper. Car le prochain film du Ramayana en 3d sous titré The Epic, même prometteur, ne vous offrira pas le même spectacle. Je m’éloigne du sujet, revenons à nos moutons.

Lava et Kusa sont deux jeunes frères qui vivent auprès de leur mère dans l’ermitage de Valmiki, le conteur du Ramayana. Très appliqué dans l’étude des textes sacrés, il connaissent sur le bout des doigts la légende du prince Rama et de sa jeune épouse Sita. Ce sont aussi des guerriers hors-pair que leur guru, Valmiki, a choisi de nommer protecteur de la forêt.  Ils s’adonnent alors avec application à faire régner la paix parmi les animaux de la forêt plus habitués à se quereller qu’a sympathiser. Le jour tant attendu pour les jeunes novices arrive lorsqu’ils sont introduit par leur maître auprès du prince Rama qu’ils ne manquent pas d’éblouir par leurs chants. Félicités, ils ont la permission de voyager dans le royaume. C’est ainsi qu’il découvre avec horreur que Rama a répudié son épouse. Le monarque idéal devient à leurs yeux un monstre qu’ils vont décider ensemble de combattre pour l’honneur de la reine…

Le film qui imite dans sa composition la littérature classique indienne, semble souvent perdre de vue son propos car il est constellé de scène retraçant l’histoire de Rama et Sita. Le film raconte alors deux histoires en parallèle, ce qui, pour un esprit occidental  rompt l’unité du discours auquel nous sommes habitué depuis Homère. Il faudra alors attendre le dernier tiers du film pour pouvoir apprécier un récit claire. Les deux premiers tiers semblant être prétexte à un florilège de chanson Bollywood tout de même inspiré de chants classiques.

Reste que sans être le film attendu qui va bouleverser le monde de l’animation indienne, Lava Kusa reste un divertissement agréable très bien dessiné et animé correctement. On regrettera quelques scène kitch avec des incrustations de danseuses et les quelques longueurs très Bollywood. Le fan rumine encore et attend patiemment Arjun The Warrior Prince qui ne pourra pas décevoir !

Avr 052010
 

Disponible depuis peu sur la console de Sony, God Of War III, vient clôturer une saga débutée en Grèce, portée par la PlayStation 2, puis la 3.

Il est inutile de dire que Kratos nous livre son ultime aventure, car il n’en est rien ! Le producteur de la série, heureux du succès rencontré par celle-ci, projette déjà d’exploiter le filon. Alors qu’une série, pour être mythique doit s’arrêter à son apogée, pauvre de nous !


Dans les épisodes précédents…

SPOILERS

Kratos, chef de guerre spartiate passe son temps à se battre et ne semble s’intéresser à rien d’autre. Alors qu’un jour son armée est dominée, et que Kratos est aux portes de la mort, ce dernier supplie le dieu de la guerre Arès de l’aider, en échange de quoi le spartiate lui fera don de sa vie. Une fois la doléance de Kratos aboutie, ce dernier ce retrouve être le vulgaire pantin du puissant dieu de la guerre, condamné à exécuter des ordres. Village après village, Kratos qui profite d’une grande puissance, sème la terreur jusqu’à à un événement imprévu. Aveuglé, et obéissant, Kratos commet l’irréparable, il se rend lui-même coupable de la mort de sa femme et de sa fille. Les mains tachées de sang, l’esclave d’Arès se réveille et prend congés. Maudit par l’oracle du village, sa peau est désormais couverte pas les cendres de sa famille, et répond désormais au nom de « fantôme de Sparte ».

Plus tard Kratos est appelé par Athéna, pour mettre fin à la folie meurtrière de son ancien maître Arès. Les Olympiens lui promettent de l’absoudre, et d’effacer ses visions assassines. Mais la parole des dieux de l’Olympe ne s’accomplira pas, après avoir débarrassé la Terre du dieu de la guerre, Athéna parvient à faire accepter aux autres dieux que Kratos à sa place au Mont Olympe.

Même nommé nouveau dieu de la guerre, le passé de Kratos est trop lourd à porter. Pour soulager sa peine, le successeur d’Arès guide l’armée spartiate contre l’avis des dieux, et contre l’avis du dieu des dieux, Zeus. Le roi des dieux décide donc d’en finir avec lui, mais même parmi les morts, Kratos déchu de son titre, trouve du soutien chez les Titans, les anciens maitres du monde. Guidé par Gaia l’omniprésence de la Terre, le fantôme de Sparte part lutter contre son père et ses alliés : Zeus et les dieux.

FIN DES SPOILERS

Le début de l’aventure donne le ton, le dynamisme de l’action ne nous laisse même pas le temps d’admirer la beauté du jeu, qui rappelons-le exploite entre 60 et 70% de la puissance du processeur Cell, embarqué dans la machine. La vitesse, et l’intensité ne faiblit pas, mais se dose bien pour ne pas nous étouffer. Car n’oublions pas que God Of War est un beat’m all. Jeu qui à toujours innové, et inspiré le milieu comme les développeurs de Naughty Dog (Uncharted) et même de chez Eidos pour Lara Croft. Leurs fautes ? Ils ont repris le principe du dynamisme prononcé de certaines scènes, avec comme ingrédients : la caméra derrière l’épaule pour un court passage, une caméra statique qui se translate instantanément… Car oui, tout cela provient de God Of War ! Toujours présent dans GOW III, et toujours aussi efficace. Mais ce qui n’est pas présent chez les autres, et est à la série des GOW, ce que le jaune est au soleil subsiste encore : la musique ! La bande son, déchire le tympan et s’y installe définitivement, sans aucune invitation. Autre élément essentiel, la mise en scène, le background animé pousse la série des Metal Gear Solid au simple rang de « has been ». La polyvalence du jeu ne s’est toujours pas essoufflée, puisque nous avons ici droit au retour des passages plates-formes, combiné avec un peu de nouveautés.

Mais ces passages sont trop souvent facile, ils ne représentent presque plus aucune difficultés. Car oui la mode actuelle pousse les développeurs à concevoir des jeux trop faciles, et même en mode « titan » (difficile) le jeu se fait et se refait sans trop de challenge, même GOD III succombe à cette règle, dommage. Autres points noirs, la violence du jeu, et l’excès d’hémoglobine. Personnellement je n’ai jamais trop apprécié cela, j’ai toujours considéré cette caractéristique néfaste aux jeux vidéo les rabaissant comme le disent ses nombreux détracteurs aux produits nuisibles à l’enfance, favorisant ainsi la prolifération d’arguments douteux qui stigmatisent encore aujourd’hui cette industrie. Certaines scènes particulièrement immondes dérangent, mais n’oublions pas que si cette série est interdite aux mineurs, il y’a bien une raison et c’est peut-être l’unique fois où je légitime l’action de la famille de France, mais qu’est-ce qui m’arrive ?

Malgré cela, la série à une particularité rarissime aujourd’hui, elle à de la personnalité ! C’est si rare, qu’il faut le signaler indépendamment du reste du test ! Plongé de cette manière dans l’univers de la mythologie Grecque, avec en plus de cela, une écriture qui narre les aventures d’un héros tel qu’il est fait dans les écrits mythologique, nous offre une véritable bouffée d’air frais, à l’heure ou les freluquets de masse polluent abondamment les étalages, comme un certain Final Fantasy XIII.

En somme, God Of War III est un jeu de beauf certes, mais un jeu impulsif bourré d’action qui se dote en plus d’une certaine « classe » esthétique. L’originalité du scénario gratifie les possesseurs de la PlayStation 3 d’une aventure hors du commun.

Évaluation :good:

Note technique 19,5/20
Fun 17/20
Intérêt 19/20
Note globale : 18,5/20
Mar 202009
 

Titre : Ghatothkach
musiques et réalisation : Singeetam Srinivasa rao
production : Shemaroo

J’ai enfin l’opportunité de vous présenter ce super dessin animé indien qui me mettait l’eau à la bouche depuis longtemps. Et pour cause, je vous en avais déjà parlé dans Kamiloka 3, mais je n’avais pas eu l’occasion de le voir. Je suis parvenu à me procurer 2 dvd de ce film, deux? Oui deux car hélas, il est bien difficile de trouver une version sous-titrée anglais! J’ai un dvd en finlandais l’autre en arabe! Bref, il m’a fallu 2 semaines pour me faire mes propres ss-titres a partir de google, autant dire qu’ils ne sont pas parfaits… Mais ils ont le mérite de rendre l’histoire compréhensible, et donc, d’en apprécier tous les éléments!

L’histoire raconte la vie d’un personnage haut en couleur : Ghatothkach, héros du Mahabharata, peu connu chez nous. Le Mahabharata étant si vaste, l’histoire de notre héros qui intervient ponctuellement est en effet secondaire. Bref, Ghattu, pour les intimes, est un petit bambin fils d’un grand héros de l’épopée le prince Pandava, Bhima et d’une démone Hindimbi qui avait perdu son ex-époux hidimba dans un combat contre Bhima. Notre enfant bâtard en a hérité une force incroyable et une maitrise parfaite de la sorcellerie. Dès sa naissance, le prince des kaurava-s (ennemi des pandava-s) jure sa mort et envoie un démon le tuer. celui-ci envoie ses sbires et Ghattu n’a aucun mal a s’en défaire alors encore dans le berceau! A l’âge de cinq ans, il sauve un éléphanteau, Gajju avec lequel il se lie d’amitié.

Sa mère est dépassée par les bêtises incontrôlables de son fils, et après s’être fait sermonné, il décide de prouver sa valeur en partant de par le monde…

Ce film animé très riche en couleurs et servi par une belle animation (même si certains intervalles manquent de synchronisation) est l’occasion d’une bande son extraordinaire qui fascinera petits et grands entrainés par un rythme dynamique et de superbes chansons!

Je ne peux que vous conseiller de regarder ce film d’animation sans hésiter, et si vous avez besoin de ss-titre provisoires, vous savez à qui demander. Bref, vous n’avez pas d’excuse pour partir à l’aventure avec ce formidable Ghatothkatch !

Arrow http://www.filmytown.com/ghatothkach.htm
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Sep 062008
 

titre : Dashavatar
directeur : Bhavik
producteur : Shemaroo
année : 2008

Sous son nom un peu sifflant pour nos oreilles, Dashavatar est un film ambitieux qui propose de faire découvrir aux plus petits une part importante de la mythologie de Vishnu, celle de ses 10 descentes dans le monde (avataras). 120 Minutes ont été nécessaire pour mener à bien un tel projet qui à priori pourrait nous sembler bancal. En effet, comment narrer 10 aventures différentes avec 10 personnages différents? C’est tout le challenge de ce film qui parvient sans difficulté à briser cette barrière en utilisant la bonne vielle ficelle de la narration des mythes par l’un des personnages de l’histoire principale.

L’histoire apparait alors très clairement. Deux gamins, un frère, une sœur sont aux prises avec des malfrats. Ils parviennent à se réfugier dans un temple. Le frère bloque la porte et la sœur se met à prier. Malgré les appels à l’aide de son frangin. Quand les vilains mettent le feu au temple, une pluie torrentielle éteint le feu, le frère soutient que c’est le hasard et la sœur est convaincue que ses prières ont abouti. C’est alors que le prêtre du temple apparait et les invite à l’écouter raconter l’histoire des 10 avatara-s de Vishnu.

Ainsi s’enchaine depuis l’aube des temps jusqu’au futur, les aventures des 10 descentes du dieu Vishnu, depuis la tortue, Kurma et la femme Mohini qui participent à un épisode clef de la mythologie indienne, la barattage de la mer jusqu’à Kalki qui apparaitra dans le futur pour débarrasser le monde des criminels, en passant bien sur pas Rama, Krishna et Bouddha. Il apparait que par soucis d’intérêt, certains épisodes sont plus approfondis que d’autres, Rama et Bouddha ayant déjà fait l’objet de grands films d’animation, il ne paraissait pas opportun de s’attarder dessus.

Au final, sans faire partie des meilleurs films animés indiens, Dashavatar reste un film convaincant qui a le mérite d’illustrer à merveille un pan incontournable de la culture indienne désormais internationale. Passer à côté de ce documentaire animé ne pourra que se faire au détriment de votre culture générale qui doit faire une place à l’Inde et à sa mythologie. On regrettera cependant le coté prosélyte de l’histoire centrale qui freine le message international du film. Passé ce détail et vous êtes dans le Bhagavata purana, alors pourquoi s’en priver?

ps : Merci de cliquer sur les images pour éviter leur disparition !

Août 142008
 

Titre : Bal Ganesh
Producteur : Shemaroo entertainement
Directeur : Pankaj Sharma
Musiques : Shamir Tandon
Année : 2008

Qui ne connait pas le dieu indien a tête d’éléphant? Charismatique et attrayant, ce fils de Parvati est très populaire en Inde. Il est donc tout naturel qu’avec le boom de l’animation indienne, ce personnage bon vivant soit l’objet d’un film a part entière. Shemaroo n’en est pas à son premier coup d’essai, rappelez vous de Sinbad que je vous ais déjà présenté dans le dossier de Kamiloka 3, et bien avec Bal Ganesh, on assiste enfin à l’arrivée d’un age d’or de l’animation indienne. Bon, on y est pas encore, mais Bal Ganesh est un film 3D d’une facture correcte: graphisme et animation sont ici assez équilibrés, suffisamment en tout cas pour vous immerger dans son histoire.

Qui est donc Ganesh?

Qu’on se le dise: les indiens aiment les enfants turbulents et le petit Ganesh (traduction approximative de Bal Ganesh) ne déroge pas à la règle. Krishna passait son temps à voler le beurre des bergères, Hanuman chapardait les mangues du village et Ganesh use de mille et un stratagème pour dérober les bonbons cachés par sa mère. Cela suffit-il pour vous présenter ce petit bout? Presque, si ce n’est la particularité qu’il possède une tête d’éléphant en lieu et place de sa tête de petit garçon. Si vous voulez en connaitre la raison, regardez donc ce film!

L’histoire se passe dans le nord de l’Inde sur la montagne la plus haute du monde, demeure du dieu Shiva et de son épouse Parvati. Après une petite scène de ménage habituelle entre ces deux époux là, Parvati donne naissance à Ganesh afin d’avoir un poids supplémentaire dans leur arguments. Mais la naissance de Ganesh tourne vite au drame et Shiva doit réparer son erreur s’il ne veut que sa femme se suicide. S’en suivra une narration originale des contes de l’enfant à tête d’éléphant, présenté par une petite souris. On y découvrira en plus d’un enfant glouton, un esprit intelligent et rusé qui le démarquera de son jeune frère.

Bal Ganesh est un animé original qui prend le parti de suivre scrupuleusement la tradition populaire. Il s’en suit un film attrayant qui permet aux petits indiens de rester en contact avec leur culture et à nous, de découvrir et faire découvrir aux plus petits un pan remarquable de la culture indienne.

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PS: Merci de cliquer sur les images pour les conserver !

Déc 032005
 
Directeur : Yugo Sako
Producteur : Shringar Films and Exccel Home Videos
Année : 2000

C’est un comble qu’en France ce chef d’oeuvre de l’animation japonaise et indienne ne soit pas connu! Et ne tentez pas non plus de trouver des infos sur cette formidable adaptation dans nos revues spécialisées. Car en dehors de Disney et de Miyazaki, on ne connait rien. On pourra s’étonner pourquoi on glose avec fierté sur l’insupportable Kirikou qui a seulement comme arguments quelques idées préconcues de colons, et on préfère se taire sur cette formidable production.

Jugez plutôt: un budget de 6 millions de dollars pour une collaboration de 350 artistes indiens et japonnais pour une durée totale de 2h30! 8 années de travail ont été nécéssaires pour faire aboutir ce projet gigantesque. Primé par le Santa Clarita International Film Festival en 2000, anssi qu’au Lucca Animation Film Festival en Italie, et applaudi au Toronto Film Festival etc. Ce film dirigé par Yugo Sako est loin d’être passé inaperçu dans le monde anglosaxon. Même les américains l’ont adapté afin de le réduire à 1h30 et de faire chanter de la pop à Hanuman… Ce film qui date des années 93, commence donc à percer depuis 2000.

Ramayana, quesa quo?

Il ne s’agit n’y plus ni moins de l’adaptation de la célèbre épopée indienne de Valmiki. Et c’est en tant que passionné que je suis tombé sur ce trésor ! Car en 2h30, résumer une épopée de 24 000 slokas (84 000 vers ! ) est un véritable défi ! Mais la fidélité est au rendez-vous! N’en déplaise aux américains qui auraient préféré que Rama et Sita partent en lune de miel plutôt qu’en exil…

Rama, fils du Roi Dasaratha, souverain du royaume de Kosala dont Ayodhya est la capitale va avec son frère rendre visite au roi Janaka qui propose sa fille en épouse à qui parviendra à bander l’arc de Shiva. Plusieurs hommes de haute naissance se succèdent sans parvenir à seulement le soulever. Janaka désespère de trouver un homme de qualité pour sa fille. Vient le tour de Rama, qui empoigne l’arc et, devant la stupéfaction du publique, parvient à le redresser, et le bande tant qu’il le brise en deux dans un fracas terrible. La Belle Sita est conquise.

On célèbre en grandes pompes le mariage et tous se réjouissent, le roi son père veut lui céder son trône ce qui réjouit le peuple. Cependant, la troisième femme du monarque, Kaikeyi, manipulée par sa suivante, Manthara, réclame à son époux un vœu. Celui-ci, se sachant redevable et étant prêt à tout pour satisfaire sa femme, lui accorde d’avance tout ce qu’elle désire. Kaikeyi réclame que Rama, fils ainé du roi n’obtienne pas le trône et soit exilé durant 14 années. Et cela au bénéfice de Bharata, le fils de Kaikeyi.

Tenu par son engagement, Rama doit s’exiler au grand dam de sa famille et de son peuple. C’est avec beaucoup de remords que Bharata accepte le trône et qu’il voit son frère quitter le palais en tenue de bhramane avec son épouse et son second frère Laksmana. Quelques moments après, le roi meurt de chagrin.

La vie en hermite dans la forêt est bien difficile pour la jeune épouse Sita. Pour la satisfaire, Rama part chasser une biche en or. Entendant un cri de détresse, Laksmana (ce prononce Laxman) qui assurait la sécurité de sa belle-soeur est obligé par elle de quitter l’hermitage. Il retrouve Rama qui est surpris de le voir: la biche était une illusion, le cri également. Trop tard, Sita est enlevée par un terrible démon, Ravana.

S’ensuit une quête pénible et longue pour délivrer la jeune femme…

Un film incontournable

Ce film nous plonge aux sources mêmes de la culture indienne… et de la notre puisque pour les spécialistes, il semblerait que le Ramayana, soit la source de bien des contes que nous connaissons en France (Rama, par exemple qui signifie « charmant » est probablement le prototype de nos contes). C’est un grand moment auquel tous fans d’animation ne peut déroger. C’est aussi un bon moyen pour tous de découvrir une culture fascinante. Les décors sont absoluments splendides et l’animation est de très bonne facture. Le seul bémol serait l’âge du film et le design des personnages qui n’est pas sans rappeler celui des cités d’or.

En somme, un très bon film et je ne manquerais pas d’en faire un article complet pour Kamiloka 3 !
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Sources
Arrow http://www.hinduism-today.com/archives/1993/04/1993-04-09.shtml
Arrow http://www.fantastikasia.net/article.php3?id_article=748&id_rubrique=9#
Arrow http://www.princeoflightmovie.com/