KAMIPRESS

Animation indienne

Ramayana, Mahabharata, Krishna, Hanuman, Ganesh : 9 critiques de films d'animation indiens, de The Legend of Prince Rama à Arjun.

De 2005 à 2012, Kamipress et le forum Kamiloka ont chroniqué l'animation indienne à une époque où presque personne n'en parlait en français : les grands récits du Ramayana et du Mahabharata, les enfances de Krishna, Hanuman, Ganesh, les avatars de Vishnu. Le Studio Kamiloka, auteur de la BD Sakti, a toujours soutenu ce cinéma, jusqu'à lui consacrer un dossier dans le fanzine Kamiloka n° 3.

Voici les 9 critiques d'animation indienne de l'archive, en entier, de la plus ancienne à la plus récente. Elles sont presque toutes signées Kapinou.

The Legend of Prince Rama

Par Kapinou · 3 déc. 2005
Directeur : Yugo Sako
Producteur : Shringar Films and Exccel Home Videos
Année : 2000

Rama brisant l'arc de Shiva

C'est un comble qu'en France ce chef-d'œuvre de l'animation japonaise et indienne ne soit pas connu ! Et ne tentez pas non plus de trouver des infos sur cette formidable adaptation dans nos revues spécialisées. Car en dehors de Disney et de Miyazaki, on ne connaît rien. On pourra s'étonner qu'on glose avec fierté sur l'insupportable Kirikou, qui n'a pour arguments que quelques idées préconçues de colons, alors qu'on préfère se taire sur cette formidable production.

Jugez plutôt : un budget de 6 millions de dollars pour une collaboration de 350 artistes indiens et japonais pour une durée totale de 2 h 30 ! Huit années de travail ont été nécessaires pour faire aboutir ce projet gigantesque. Primé au Santa Clarita International Film Festival en 2000, ainsi qu'au Lucca Animation Film Festival en Italie, et applaudi au Toronto Film Festival, etc., ce film réalisé par Yugo Sako est loin d'être passé inaperçu dans le monde anglo-saxon. Même les Américains l'ont adapté afin de le réduire à 1 h 30 et de faire chanter de la pop à Hanuman... Ce film, qui date de 1993, commence donc à percer depuis 2000.

Ramayana, késako ?

Il ne s'agit ni plus ni moins que de l'adaptation de la célèbre épopée indienne de Valmiki. Et c'est en tant que passionné que je suis tombé sur ce trésor ! Car résumer en 2 h 30 une épopée de 24 000 slokas (84 000 vers !) est un véritable défi ! Mais la fidélité est au rendez-vous ! N'en déplaise aux Américains qui auraient préféré que Rama et Sita partent en lune de miel plutôt qu'en exil...

Rama, fils du roi Dasaratha, souverain du royaume de Kosala dont Ayodhya est la capitale, va avec son frère rendre visite au roi Janaka qui propose sa fille en épouse à qui parviendra à bander l'arc de Shiva. Plusieurs hommes de haute naissance se succèdent sans parvenir à seulement le soulever. Janaka désespère de trouver un homme de qualité pour sa fille. Vient le tour de Rama, qui empoigne l'arc et, devant la stupéfaction du public, parvient à le redresser, et le bande tant qu'il le brise en deux dans un fracas terrible. La belle Sita est conquise.

On célèbre en grande pompe le mariage et tous se réjouissent ; le roi, son père, veut lui céder son trône, ce qui réjouit le peuple. Cependant, la troisième femme du monarque, Kaikeyi, manipulée par sa suivante, Manthara, réclame à son époux un vœu. Celui-ci, se sachant redevable et étant prêt à tout pour satisfaire sa femme, lui accorde d'avance tout ce qu'elle désire. Kaikeyi réclame que Rama, fils aîné du roi, n'obtienne pas le trône et soit exilé durant 14 années. Et cela au bénéfice de Bharata, le fils de Kaikeyi.

Tenu par son engagement, Rama doit s'exiler au grand dam de sa famille et de son peuple. C'est avec beaucoup de remords que Bharata accepte le trône et qu'il voit son frère quitter le palais en tenue de brahmane avec son épouse et son second frère Laksmana. Quelques moments après, le roi meurt de chagrin.

La vie d'ermite dans la forêt est bien difficile pour la jeune épouse Sita. Pour la satisfaire, Rama part chasser une biche en or. Entendant un cri de détresse, Laksmana (se prononce Laxman), qui assurait la sécurité de sa belle-sœur, est obligé par elle de quitter l'ermitage. Il retrouve Rama, qui est surpris de le voir : la biche était une illusion, le cri également. Trop tard, Sita est enlevée par un terrible démon, Ravana.

S'ensuit une quête pénible et longue pour délivrer la jeune femme...

Un film incontournable

Ce film nous plonge aux sources mêmes de la culture indienne... et de la nôtre puisque, pour les spécialistes, il semblerait que le Ramayana soit la source de bien des contes que nous connaissons en France (Rama, par exemple, qui signifie "charmant" est probablement le prototype de nos contes). C'est un grand moment qu'aucun fan d'animation ne peut manquer. C'est aussi un bon moyen pour tous de découvrir une culture fascinante. Les décors sont absolument splendides et l'animation est de très bonne facture. Le seul bémol serait l'âge du film et le design des personnages, qui n'est pas sans rappeler celui des Mystérieuses Cités d'or.

En somme, un très bon film et je ne manquerai pas d'en faire un article complet pour Kamiloka 3 !
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Sources
➡️ http://www.hinduism-today.com/archives/1993/04/1993-04-09.shtml
➡️ http://www.fantastikasia.net/article.php3?id_article=748&id_rubrique=9#
➡️ http://www.princeoflightmovie.com/

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Bal Ganesh

Par Kapinou · 14 août 2008
Titre : Bal Ganesh
Producteur : Shemaroo entertainement
Directeur : Pankaj Sharma
Musiques : Shamir Tandon
Année : 2008

Qui ne connaît pas le dieu indien à tête d'éléphant ? Charismatique et attrayant, ce fils de Parvati est très populaire en Inde. Il est donc tout naturel qu'avec le boom de l'animation indienne, ce personnage bon vivant soit l'objet d'un film à part entière. Shemaroo n'en est pas à son coup d'essai : rappelez-vous Sinbad, que je vous ai déjà présenté dans le dossier de Kamiloka 3. Eh bien, avec Bal Ganesh, on assiste enfin à l'arrivée d'un âge d'or de l'animation indienne. Bon, on n'y est pas encore, mais Bal Ganesh est un film 3D d'une facture correcte : graphisme et animation sont ici assez équilibrés, suffisamment en tout cas pour vous immerger dans son histoire.

Qui est donc Ganesh?

Qu'on se le dise : les Indiens aiment les enfants turbulents et le petit Ganesh (traduction approximative de Bal Ganesh) ne déroge pas à la règle. Krishna passait son temps à voler le beurre des bergères, Hanuman chapardait les mangues du village et Ganesh use de mille et un stratagèmes pour dérober les bonbons cachés par sa mère. Cela suffit-il pour vous présenter ce petit bout ? Presque, à cette particularité près qu'il a une tête d'éléphant en lieu et place de sa tête de petit garçon. Si vous voulez en connaître la raison, regardez donc ce film !

L'histoire se passe dans le nord de l'Inde sur la montagne la plus haute du monde, demeure du dieu Shiva et de son épouse Parvati. Après une petite scène de ménage habituelle entre ces deux époux-là, Parvati donne naissance à Ganesh afin de peser davantage dans leurs disputes. Mais la naissance de Ganesh tourne vite au drame, et Shiva doit réparer son erreur s'il ne veut pas que sa femme se suicide. S'ensuivra une narration originale des contes de l'enfant à tête d'éléphant, présentée par une petite souris. On y découvrira en plus d'un enfant glouton, un esprit intelligent et rusé qui le démarquera de son jeune frère.

Bal Ganesh est un animé original qui prend le parti de suivre scrupuleusement la tradition populaire. Il en résulte un film attrayant qui permet aux petits Indiens de rester en contact avec leur culture et à nous, de découvrir et faire découvrir aux plus petits un pan remarquable de la culture indienne.

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➡️ Les musiques

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Dashavatar

Par Kapinou · 6 sept. 2008
titre : Dashavatar
directeur : Bhavik
producteur : Shemaroo
année : 2008

Dashavatar

Sous son nom un peu sifflant pour nos oreilles, Dashavatar est un film ambitieux qui propose de faire découvrir aux plus petits une part importante de la mythologie de Vishnu, celle de ses 10 descentes dans le monde (avataras). 120 minutes ont été nécessaires pour mener à bien un tel projet, qui a priori pourrait nous sembler bancal. En effet, comment narrer 10 aventures différentes avec 10 personnages différents ? C'est tout le challenge de ce film qui parvient sans difficulté à briser cette barrière en utilisant la bonne vieille ficelle de la narration des mythes par l'un des personnages de l'histoire principale.

L'histoire apparaît alors très clairement. Deux gamins, un frère et une sœur, sont aux prises avec des malfrats. Ils parviennent à se réfugier dans un temple. Le frère bloque la porte et la sœur se met à prier, malgré les appels à l'aide de son frangin. Quand les vilains mettent le feu au temple, une pluie torrentielle éteint le feu, le frère soutient que c'est le hasard et la sœur est convaincue que ses prières ont abouti. C'est alors que le prêtre du temple apparaît et les invite à l'écouter raconter l'histoire des 10 avatara-s de Vishnu.

Ainsi s'enchaînent, de l'aube des temps jusqu'au futur, les aventures des 10 descentes du dieu Vishnu : depuis la tortue Kurma et la femme Mohini, qui participent à un épisode clef de la mythologie indienne, le barattage de la mer, jusqu'à Kalki, qui apparaîtra dans le futur pour débarrasser le monde des criminels, en passant bien sûr par Rama, Krishna et Bouddha. Il apparaît que, par souci d'intérêt, certains épisodes sont plus approfondis que d'autres, Rama et Bouddha ayant déjà fait l'objet de grands films d'animation, il ne paraissait pas opportun de s'attarder dessus.

Au final, sans faire partie des meilleurs films animés indiens, Dashavatar reste un film convaincant qui a le mérite d'illustrer à merveille un pan incontournable de la culture indienne désormais internationale. Passer à côté de ce documentaire animé ne pourra que se faire au détriment de votre culture générale qui doit faire une place à l'Inde et à sa mythologie. On regrettera cependant le côté prosélyte de l'histoire centrale qui freine le message international du film. Passé ce détail, vous êtes dans le Bhagavata Purana, alors pourquoi s'en priver ?

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Ghatothkach

Par Kapinou · 20 mars 2009

Titre : Ghatothkach
Musiques et réalisation : Singeetam Srinivasa Rao
Production : Shemaroo

Ghatothkach

J'ai enfin l'opportunité de vous présenter ce super dessin animé indien qui me mettait l'eau à la bouche depuis longtemps. Et pour cause, je vous en avais déjà parlé dans Kamiloka 3, mais je n'avais pas eu l'occasion de le voir. Je suis parvenu à me procurer 2 DVD de ce film. Deux ? Oui, deux, car hélas, il est bien difficile de trouver une version sous-titrée en anglais ! J'ai un DVD en finnois, l'autre en arabe ! Bref, il m'a fallu 2 semaines pour faire mes propres sous-titres à partir de Google, autant dire qu'ils ne sont pas parfaits... Mais ils ont le mérite de rendre l'histoire compréhensible, et donc, d'en apprécier tous les éléments !

L'histoire raconte la vie d'un personnage haut en couleur : Ghatothkach, héros du Mahabharata, peu connu chez nous. Le Mahabharata étant si vaste, l'histoire de notre héros qui intervient ponctuellement est en effet secondaire. Bref, Ghattu, pour les intimes, est un petit bambin, fils d'un grand héros de l'épopée, le prince pandava Bhima, et d'une démone, Hidimbi, qui avait perdu son frère Hidimba dans un combat contre Bhima. Notre enfant bâtard en a hérité une force incroyable et une maîtrise parfaite de la sorcellerie. Dès sa naissance, le prince des Kaurava-s (ennemis des Pandava-s) jure sa mort et envoie un démon le tuer. Celui-ci envoie ses sbires, et Ghattu n'a aucun mal à s'en défaire alors qu'il est encore au berceau ! À l'âge de cinq ans, il sauve un éléphanteau, Gajju, avec lequel il se lie d'amitié.

Sa mère est dépassée par les bêtises incontrôlables de son fils, et après s'être fait sermonner, il décide de prouver sa valeur en partant de par le monde...

Ce film animé très riche en couleurs et servi par une belle animation (même si certains intervalles manquent de synchronisation) offre une bande-son extraordinaire qui fascinera petits et grands, entraînés par un rythme dynamique et de superbes chansons !

Je ne peux que vous conseiller de regarder ce film d'animation sans hésiter, et si vous avez besoin de sous-titres provisoires, vous savez à qui demander. Bref, vous n'avez pas d'excuse pour partir à l'aventure avec ce formidable Ghatothkach !

➡️ http://www.filmytown.com/ghatothkach.htm
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Little Krishna The Wondrous Feats

Par Kapinou · 20 sept. 2010

Titre : Little Krishna The Wondrous Feats
Producteur : Big Animation
Directeur : Vincent Edwards

Voilà un bail que je ne vous avais pas présenté de dessin animé indien. Et pour cause : il est difficile de se procurer ce genre de production dans nos contrées (et puis mes DVD de Cheenti Cheenti Bang Bang et de Jumbo restent fermés, faute de motivation). Mais voilà que je tombe enfin sur ce titre (j'hésitais à acheter 3 DVD en import d'une série inconnue) et je dois vous avouer que ma passion a repris son ardeur !

Little Krishna

Voici donc une énième représentation de Krishna (il y avait déjà Sri Krishna et Krishna the Birth), et on peut le dire d'emblée : si vous devez en regarder une, celle-ci sera la plus agréable. C'est une série en 3D (c'est-à-dire en images de synthèse, hein ? Pas en stéréoscopie !), ce qui a priori pourrait nous effrayer, car les réalisations 3D précédentes n'ont jamais été exceptionnelles. Celle-ci est remarquable de beauté et d'animation ! Nous voilà enfin entrés dans la cour de l'animation internationale. Mais entendons-nous, ce n'est pas pour autant un chef-d'œuvre technique capable de rivaliser avec les meilleures cinématiques d'un jeu pour hardcore gamers : c'est très simplement beau, agréable, léger et suffisamment fluide pour vous permettre de plonger dans la magie de cet épisode. Big Animation avec Bad Eggs a déjà raflé des prix au Japon et à New York en 2007. Comme quoi, ce n'est pas n'importe quoi que je vous présente !

Car au juste, qu'est-ce que c'est, Little Krishna The Wondrous Feats ? C'est tout simplement le premier épisode d'un téléfilm. Car oui, même si techniquement il va au-delà des longs métrages indiens et qu'il dure près d'1 h 30, ce n'est qu'une série ! Est-ce le partenariat avec l'Iskcon qui a boosté le budget ? Quoi qu'il en soit, la série a été diffusée sur la chaîne Nick (une grosse chaîne indienne pour les enfants) dès le 11 mai 2009 (comment ça, je suis à la bourre ?). Les 3 épisodes ont rassemblé 280 personnes à leur chevet, et les petits Indiens ont été nombreux à rendre justice à leur travail.

Pépère Shiva, si tu abrégeais ? Bon, désolé, je m'emballe, mais depuis Ghatothkach, cela faisait longtemps que j'attendais la relève. Une version anglaise de la série est dispo, c'est ce qui nous la rend accessible (mais désolé pour nos chers bambins qui ne comprendront rien !). Quoique, l'histoire est simple et l'image suffit à la raconter avec délicatesse et esthétique. D'ailleurs, les dialogues sont peu nombreux. Ce premier DVD présente donc les facéties de notre très jeune Krishna qui passe son temps à intriguer pour voler le beurre des bergères. Et entre-temps, sous des airs de grande candeur, il terrasse les démons que lui envoie son oncle, qui, vous l'aurez compris, est loin de combler son neveu de sollicitude et d'affection... Sur la fin, on notera l'intervention d'Indra, peu réjoui que le marmot Krishna dénonce les honneurs que les habitants de Vrindavana lui dédient.

Ce long épisode manque peut-être de cohérence pour un esprit occidental, on regrette d’ailleurs que l’intrigue du Bhagavata Purana, le livre de référence sur Krishna, n'ait pas été suivie dans son développement. Rien n’est présenté sur la naissance de ce bébé merveilleux (comme ses pieds le sont), ce qui nous oblige à une entrée en matière un peu brutale. Les espiègleries amuseront les enfants, mais un adulte les trouvera peut-être trop longues. Le film Krishna, et même la série en animation traditionnelle, étaient en ce sens plus réussis. Mais en ce qui concerne le plaisir des yeux, l’immersion, cette série est sans conteste la plus attrayante ! Ajoutez à cela une ambiance musicale très agréable, des voix bien choisies, et je vous laisse imaginer l’intérêt de cette œuvre.

Autre point, le parrainage de l'Iskcon laisse supposer des prétentions religieuses sous-jacentes. Mais mon œil averti (désolé, ça fait orgueilleux ^^) n'a rien décelé de compromettant dans ce fabuleux dessin animé indien ! Cela explique surtout la très belle image de cette production qui reprend les plus beaux tableaux de ce mouvement religieux. Donc, n'hésitez pas !

PS : cliquez sur les images pour éviter qu'elles ne disparaissent svp !

Sources :
➡️ http://www.bigmusicvideo.co.in/PressRoom/StoryPage.aspx?ArticleID=c33233a3-799b-4347-87dd-9233ddfde9af&ShortName=PRESSRLS
➡️ http://www.harekrsna.com/sun/news/05-09/news2650.htm

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Lava Kusa : The Warrior Twins

Par Kapinou · 6 juil. 2011
Directeur : Dhavala Satyam
Studio : Hyderabad-based RVML Animation et  Kanipakam Creations
Année : 2010
lava-kusa

Avec un budget de 5 millions de dollars et une équipe de 170 artistes, Lava Kusa était attendu comme le film d'animation indien qui devait marquer un tournant dans le développement de l'industrie indienne. Annoncé dès 2006, il a nécessité un an d'élaboration du scénario ; après cette première phase, 3 ans de travail supplémentaire, partagés entre l'Inde et les Philippines, ont permis d'aboutir à ce film de 120 minutes.

Lava Kusa s'inscrit dans la tradition des films d'animation indiens basés sur la mythologie classique. Ce film puise encore son inspiration dans le Ramayana, poème épique de l'Inde qui jouit d'une grande popularité dans toute l'Asie. Mais là où le film marque sa différence, c'est dans le choix de son propos qui se concentre sur les deux fils du prince Rama (charmant). Si vous êtes fidèle aux films d'animation indiens, vous connaissez déjà le Ramayana à travers le film de Yugo Sako, ce réalisateur japonais qui a dévoué sa carrière à donner vie à la mythologie de l'Inde. Dans le cas contraire, il est toujours temps de vous rattraper. Car le prochain film du Ramayana en 3D, sous-titré The Epic, même prometteur, ne vous offrira pas le même spectacle. Je m'éloigne du sujet, revenons à nos moutons.

Lava  Kusa

Lava et Kusa sont deux jeunes frères qui vivent auprès de leur mère dans l’ermitage de Valmiki, le conteur du Ramayana. Très appliqués dans l'étude des textes sacrés, ils connaissent sur le bout des doigts la légende du prince Rama et de sa jeune épouse Sita. Ce sont aussi des guerriers hors-pair que leur guru, Valmiki, a choisi de nommer protecteurs de la forêt. Ils s'appliquent alors à faire régner la paix parmi les animaux de la forêt, plus habitués à se quereller qu'à sympathiser. Le jour tant attendu pour les jeunes novices arrive lorsqu'ils sont présentés par leur maître au prince Rama, qu'ils ne manquent pas d'éblouir par leurs chants. Félicités, ils ont la permission de voyager dans le royaume. C'est ainsi qu'ils découvrent avec horreur que Rama a répudié son épouse. Le monarque idéal devient à leurs yeux un monstre qu'ils vont décider ensemble de combattre pour l'honneur de la reine...

Lava

Le film, qui imite dans sa composition la littérature classique indienne, semble souvent perdre de vue son propos, car il est constellé de scènes retraçant l'histoire de Rama et Sita. Il raconte alors deux histoires en parallèle, ce qui, pour un esprit occidental, rompt l'unité du discours à laquelle nous sommes habitués depuis Homère. Il faudra attendre le dernier tiers du film pour apprécier un récit clair, les deux premiers tiers semblant servir de prétexte à un florilège de chansons Bollywood, tout de même inspirées de chants classiques.

Reste que sans être le film attendu qui va bouleverser le monde de l'animation indienne, Lava Kusa reste un divertissement agréable, très bien dessiné et correctement animé. On regrettera quelques scènes kitsch avec des incrustations de danseuses et les quelques longueurs très Bollywood. Le fan rumine encore et attend patiemment Arjun The Warrior Prince qui ne pourra pas décevoir !

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Ramayana, The Epic

Par Kapinou · 9 juil. 2011
Directeur : Chetan Desai
Producteur : Maya Entertainment Ltd. (Inde) et Warner Bross (reste du monde)
Date de sortie : 15 Octobre 2010
ramayana_the_epic

Comment faire l'impasse sur ce film d'animation indienne réunissant une équipe de 400 personnes et qui a représenté 5 ans de travail ? Impossible ! Même si le sujet semble particulièrement redondant au vu de la production indienne dans le genre. On ne va donc pas s'attarder sur l'histoire, que Yugo Sako a si brillamment mise en œuvre en 2000. Nous allons nous intéresser plus particulièrement au traitement du sujet.

Ce Ramayana a la particularité d'être en 3D (je dis bien 3D, pas stéréoscopie), mais est-ce l'atout principal de ce film d'1 h 40 ? Non, pas vraiment, car un autre titre pointe à l'horizon. Ce Ramayana est une œuvre proposée pour un public plus mûr par rapport à la moyenne des autres productions indiennes. Ici, il n'y a en tout et pour tout qu'une seule chanson, et une chanson ancrée dans le scénario, puisqu'il s'agit d'une scène présentant les singes faisant la fête. Le ton est plutôt dramatique que jovial, mais le film se clôt sur un happy end presque à l'américaine. En effet, Rama est réuni à Sita et tout devient pour le mieux dans leur royaume prospère. L'épilogue du Ramayana a été omis afin de donner une cohérence au ton du film : le drame se dénoue positivement, comme pour apaiser le spectateur.

Sita

Techniquement, le film se démarque par un choix de cadrages très dynamiques, qui ajoutent de l'énergie à des animations de qualité. Les couleurs sont vives sans être criardes, et le chara-design est assez proche des représentations classiques. Le point faible du film réside dans le manque d'expressions des personnages qui ressemblent alors plus à des marionnettes qu'à des êtres vivants. Les décors sont très beaux et certaines textures, comme celle de l'eau, sont éblouissantes de vérité.

Hanuman

L'intrigue est assez clairement exposée bien que certaines scènes semblent précipitées. Ramayana, The Epic va à l'essentiel, mais ne bâcle pas pour autant sa narration, qui se suit avec grand plaisir. Il eût peut-être été plus judicieux d'approfondir certaines scènes et d'en abréger d'autres. La lutte entre Sugriva et son frère Bali pour le trône des singes, quoique très importante dans l'œuvre originale, semble bien accessoire face à l'importance du sujet principal.

Ravana

Ramayana, The Epic est un film qui, comme Lava Kusa, se tient au seuil de l'animation indienne de demain. Mais pour autant, les standards internationaux ne sont pas encore atteints ici. Comme je vous l'annonçais, un second Ramayana en 3D est attendu cette année même, qui s'intitule Mahayoddha Rama (le grand guerrier Rama) réalisé par Rohit Vaid. Ce prochain film semble vouloir moderniser l'œuvre de Valmiki en lui donnant un air japonais. Reste à savoir si Rama en samouraï sera aussi plaisant à voir... On ne peut que regretter cette lutte entre les différents studios indiens qui ne fait que diluer les forces et les talents du pays. Imaginons seulement ce que ces deux studios auraient pu réaliser ensemble.

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Eklavya the invicible

Par Kapinou · 11 déc. 2011

Production : Fountain Pixel
Réalisation : Abhijeet Nene

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À défaut de vous présenter enfin Arjun The Warrior Prince, je me rabats sur une production de moindre envergure, à savoir Eklavya l'invincible. Rassurez-vous, ce choix par défaut n'est pas non plus dénué d’intérêt. Eklavya reste un film d'une qualité technique assez moyenne : l'animation manque de fluidité, le dessin est très inégal et pas très original. On ne touche pas le fond, mais d'emblée, on comprend que ce film ne fera pas avancer le niveau de l'animation indienne, au contraire.

Eklavya tient par deux éléments porteurs : l'histoire du film est innovante (enfin un film qui ne narre pas encore et toujours les aventures de Rama). Et cette intrigue est même assez passionnante. On regrette certaines longueurs puériles et largement inutiles, mais n'oublions pas qu'Eklavya s'adresse avant tout aux enfants. Le film raconte comment le jeune prince Eklavya, en accord avec ses parents, va chercher à perfectionner sa maîtrise de l'arc en partant à la recherche du maître des Pandava-s, Dronacharya, ou Drona. Ce dernier le refuse comme élève, puisqu'il ne peut enseigner à une caste inférieure (Eklavya est le prince d'une tribu), mais en retour, il lui offre sa bénédiction. Malgré une période de doute et de frustration due à la sévérité de la réponse du maître d'armes, Eklavya finit par s'en satisfaire et, heureux de sa bénédiction, façonne une idole à son image et, sous le regard de son maître, perfectionne seul son art.
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Drona remarquera la supériorité d'Eklavya sur Arjuna. Mais pour que s'accomplisse le Dharma d'Arjuna, il demande alors à Eklavya son pouce droit en guise de rétribution, comme maître. Eklavya s’exécute. Le conte s'arrête ici, mais le film pousse plus loin l'intrigue : Eklavya continue son entraînement malgré son handicap et retourne ensuite chez ses parents accomplir de grands exploits... À ce scénario captivant s'ajoute une ambiance musicale très soignée, comme dans bon nombre de films animés indiens. Il reste néanmoins décevant de constater qu'avec un tel sujet, Eklavya aurait mérité d'être beaucoup plus technique. Le film aurait gagné à être raccourci à cet effet.
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Sous son aspect enfantin, ce film d'animation soulève des questions sur le devoir des individus en proposant ici un héros irréprochable, probe au possible mais qui devra vivre dans l'ombre d'Arjuna. D'autre part, il renvoie les mythologues à des questions fondamentales de morale et de justice : Drona avait-il le droit d'exiger un pouce à Eklavya ? Le Dharma d'Arjuna ne pouvait-il s'accomplir sans cet acte ?

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Arjun the Warior Prince

Par Kapinou · 14 août 2012

Production : UTV Studios
Distribution : Disney
Directeur : Arnab Chaudhuri
Producteur : Siddharth Roy Kapur
Sortie (Inde) : 25 mai 2012

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On ne l'espérait plus : ce film a tellement fait attendre ses fans qu'on se demandait s'il allait enfin voir le jour. Mais le voici, et je l'ai même raté de plusieurs mois ! Le film est déjà disponible en DVD en Inde, mais aucune date de distribution n'est à l'ordre du jour dans nos latitudes (eh si, depuis cet article, il est sorti en février 2015 !). Pourtant, après un long silence, on découvre que Walt Disney fait partie de l'aventure. Il semblerait que le géant américain, coutumier du parrainage de l'animation indienne, notamment après Roadside Romeo, se soit intéressé de près à ce projet d'envergure. C'est ainsi qu'en février de cette année, la firme américaine a racheté (pour plus de 360 millions de dollars) le studio de cinéma UTV, qui a à son actif de nombreux blockbusters. Déjà en 2006, Walt Disney possédait 14,9 % du studio de Mumbai. Il est un fait que la bataille fait rage entre les investisseurs occidentaux pour gagner des parts de marché dans ce pays où l'économie des médias est florissante et apporte une richesse incontournable au niveau international. À l'heure actuelle, la compagnie deviendra The Walt Disney Co. India. Pour le studio de cinéma indien, devenir une branche de Disney est le meilleur moyen de percer sur le marché mondial et non plus comme simple sous-traitant. C'est aussi pour le public occidental une garantie d'une certaine qualité. Le film La Fée Clochette a prouvé, dans l'ombre, que l'Inde recelait de grands animateurs. C'est maintenant dans la lumière que ce film perce.

Arjun-2La maîtrise des couleurs et des ombres fait d'Arjun le plus beau film d'animation indienne.

Il reste dommage que le film n'ait pas été achevé en restant 100 % indien. Il est pourtant évident que Disney n'y a contribué que de loin, comme contrôleur qualité. Porté par un studio de cinéma, Arjun, le prince guerrier, va au-delà de tous les précédents projets du pays. Doté d'un budget de plus de 500 000$, et conçu dès son origine avec une direction artistique innovante. En effet, le directeur Arnab Chaudhuri avait orienté son film dès le début en s'inspirant de l'univers Anim/Manga qu'il considère plus propre à représenter les caractéristiques d'un film mature. Exit donc le style cartoon propre aux productions indiennes, place à un univers visuel dominé par la couleur, les ombres et les perspectives. Exit aussi les chansons Bollywood qui font les délices d'un public préférant les productions plus légères. Le scénario, inspiré de la longue fresque du Mahâbhârata, sort enfin des sentiers battus du Râmâyana. Après Eklavya, Arjun offre une intrigue plus complexe et plus dense, propre à intéresser un public adulte occidental.

Arjun_002Le destin des personnages du Mahâbhârata est aussi tragique que moderne.

Avant de nous pencher sur l'histoire, disons quelques mots des qualités visuelles du film. Enfin, enfin, l'Inde porte un projet ambitieux : loin des querelles des studios d'animation, où chacun a à cœur d'offrir sa version du Ramayana, UTV fait ici cavalier seul et cherche avant tout à offrir, plus qu'une morale religieuse, des émotions aux spectateurs. À ce propos, Krishna, qui fera plusieurs apparitions, est montré tel qu'il est décrit dans l'épopée : c'est un roi et non un dieu. Le film est dessiné dans une sorte de cel-shading : l'univers est en 3D mais donne cette impression de film animé traditionnel. Les décors sont plus traditionnels, on regrette cependant certaines incrustations vidéo des moins heureuses. Le chara-design est excellent et ne varie jamais d'un ton : pas de disproportion des personnages (sauf hélas avec quelques animaux comme on l'avait vu à l'époque dans Aladdin). L'animation est d'une grande fluidité, mais parfois trop rapide (notamment lors des travellings) : c'est un vrai plaisir que de voir chaque doigt animé, de voir bouger la queue d'une vache et aussi de découvrir des personnages non figés etc. Malgré tout, on a quelquefois le sentiment que les personnages sont mal insérés dans leur décor. Les animations de foules sont, par contre, impressionnantes. Il y a donc de la très grande animation qui côtoie des séquences plus décevantes (rappelons que la série Krishna était impeccable à ce niveau-là, mais moins ambitieuse). Les nombreuses scènes de combat, inspirées d'arts martiaux indiens comme le kalarippayatt et le thang-ta, sont impressionnantes par leur qualité et, disons-le, inédites en animation. L'ensemble reste très agréable et d'un haut niveau.

arjun_001Dans les scènes de foule, chaque personnage est animé. Chacun ayant, en plus, des traits bien distincts.

L'histoire de ce film se passe avant la grande bataille racontée au centre de l'épopée. Dans Arjun : The Warrior Prince, il s'agit avant tout de dévoiler les raisons de cette grande tragédie future qui réside dans cette guerre fratricide qui décidera du sort de milliers de guerriers. L'histoire commence dans l’ermitage de Drona, la scène n'est pas sans rappeler une série comme Spartacus. Les 5 Pandava-s sont amenés auprès du maître afin de bénéficier de son entraînement, à l'instar de leurs 100 cousins, les Kaurava-s. L'inimitié entre les deux familles est déjà transparente mais les vertus des 5 fils de Pandu brillent parmi les nombreux élèves de Drona. L'un plus que les autres, Arjuna. Duryodhana est le Kaurava le moins prévenant envers ses cousins. La scène de la course de chars, en plus de montrer tout le talent des animateurs, permet de mettre en exergue cette inimitié. On découvre également la fraternité sans faille des 5 héros et leur grande probité, qui les distingue de leurs cousins. Dhritarashtra règne sur le royaume prospère et vertueux de Pandu, son demi-frère. Cependant, la succession est désormais ouverte et le vieux roi doit choisir comment répartir son empire entre son fils, Duryodhana et ses neveux, les 5 Pandava-s. Le monarque partage son royaume entre les deux branches cousines, ce qui n'est pas du goût de l'ombrageux Duryodhana, qui va tout faire pour récupérer l'héritage des panduides.

arjun_007Les architectures sont également de très grande qualité.

En puisant clairement ses références dans Ben-Hur, ou dans des productions plus récentes comme Spartacus ou Rome, le film s'inscrit dans une dramaturgie aux mécanismes classiques, ce qui permet au public occidental de se raccrocher à un référentiel connu. Pour autant, par moments, les choix et les actions des personnages n'apparaîtront pas aussi clairement aux spectateurs peu familiers de cette culture. Peut-être certains éclaircissements auraient-ils été nécessaires pour rendre la lecture du film plus aisée. Quoi qu'il en soit, malgré ses défauts, le film est assez riche et divertissant pour intéresser le spectateur français. Si vous appréciez les histoires héroïques, le ton dramatique de l'action, les aventures de guerriers qui défendent leur honneur et la justice ; si vous êtes allergique aux chansons Bollywood et aux histoires frivoles, alors aucun doute, Arjun : The Warrior Prince est un film à voir. Doté d'une réalisation qu'on n'espérait plus et d'une mise en scène très hollywoodienne, le film de UTV Studios/The Walt Disney Co. India s'en sort avec les honneurs !

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Pour aller plus loin :

http://www.livemint.com/2012/02/01230230/Walt-Disney-acquires-controlli.html

http://www.telegraphindia.com/1120516/jsp/entertainment/story_15491833.jsp#.UCYs_FIVLkd

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