Production : UTV Studios
Distribution : Disney
Directeur : Arnab Chaudhuri
Producteur : Siddharth Roy Kapur
Sortie (Inde) : 25 mai 2012

On ne l'espérait plus : ce film a tellement fait attendre ses fans qu'on se demandait s'il allait enfin voir le jour. Mais le voici, et je l'ai même raté de plusieurs mois ! Le film est déjà disponible en DVD en Inde, mais aucune date de distribution n'est à l'ordre du jour dans nos latitudes (eh si, depuis cet article, il est sorti en février 2015 !). Pourtant, après un long silence, on découvre que Walt Disney fait partie de l'aventure. Il semblerait que le géant américain, coutumier du parrainage de l'animation indienne, notamment après Roadside Romeo, se soit intéressé de près à ce projet d'envergure. C'est ainsi qu'en février de cette année, la firme américaine a racheté (pour plus de 360 millions de dollars) le studio de cinéma UTV, qui a à son actif de nombreux blockbusters. Déjà en 2006, Walt Disney possédait 14,9 % du studio de Mumbai. Il est un fait que la bataille fait rage entre les investisseurs occidentaux pour gagner des parts de marché dans ce pays où l'économie des médias est florissante et apporte une richesse incontournable au niveau international. À l'heure actuelle, la compagnie deviendra The Walt Disney Co. India. Pour le studio de cinéma indien, devenir une branche de Disney est le meilleur moyen de percer sur le marché mondial et non plus comme simple sous-traitant. C'est aussi pour le public occidental une garantie d'une certaine qualité. Le film La Fée Clochette a prouvé, dans l'ombre, que l'Inde recelait de grands animateurs. C'est maintenant dans la lumière que ce film perce.
La maîtrise des couleurs et des ombres fait d'Arjun le plus beau film d'animation indienne.
Il reste dommage que le film n'ait pas été achevé en restant 100 % indien. Il est pourtant évident que Disney n'y a contribué que de loin, comme contrôleur qualité. Porté par un studio de cinéma, Arjun, le prince guerrier, va au-delà de tous les précédents projets du pays. Doté d'un budget de plus de 500 000$, et conçu dès son origine avec une direction artistique innovante. En effet, le directeur Arnab Chaudhuri avait orienté son film dès le début en s'inspirant de l'univers Anim/Manga qu'il considère plus propre à représenter les caractéristiques d'un film mature. Exit donc le style cartoon propre aux productions indiennes, place à un univers visuel dominé par la couleur, les ombres et les perspectives. Exit aussi les chansons Bollywood qui font les délices d'un public préférant les productions plus légères. Le scénario, inspiré de la longue fresque du Mahâbhârata, sort enfin des sentiers battus du Râmâyana. Après Eklavya, Arjun offre une intrigue plus complexe et plus dense, propre à intéresser un public adulte occidental.
Le destin des personnages du Mahâbhârata est aussi tragique que moderne.
Avant de nous pencher sur l'histoire, disons quelques mots des qualités visuelles du film. Enfin, enfin, l'Inde porte un projet ambitieux : loin des querelles des studios d'animation, où chacun a à cœur d'offrir sa version du Ramayana, UTV fait ici cavalier seul et cherche avant tout à offrir, plus qu'une morale religieuse, des émotions aux spectateurs. À ce propos, Krishna, qui fera plusieurs apparitions, est montré tel qu'il est décrit dans l'épopée : c'est un roi et non un dieu. Le film est dessiné dans une sorte de cel-shading : l'univers est en 3D mais donne cette impression de film animé traditionnel. Les décors sont plus traditionnels, on regrette cependant certaines incrustations vidéo des moins heureuses. Le chara-design est excellent et ne varie jamais d'un ton : pas de disproportion des personnages (sauf hélas avec quelques animaux comme on l'avait vu à l'époque dans Aladdin). L'animation est d'une grande fluidité, mais parfois trop rapide (notamment lors des travellings) : c'est un vrai plaisir que de voir chaque doigt animé, de voir bouger la queue d'une vache et aussi de découvrir des personnages non figés etc. Malgré tout, on a quelquefois le sentiment que les personnages sont mal insérés dans leur décor. Les animations de foules sont, par contre, impressionnantes. Il y a donc de la très grande animation qui côtoie des séquences plus décevantes (rappelons que la série Krishna était impeccable à ce niveau-là, mais moins ambitieuse). Les nombreuses scènes de combat, inspirées d'arts martiaux indiens comme le kalarippayatt et le thang-ta, sont impressionnantes par leur qualité et, disons-le, inédites en animation. L'ensemble reste très agréable et d'un haut niveau.
Dans les scènes de foule, chaque personnage est animé. Chacun ayant, en plus, des traits bien distincts.
L'histoire de ce film se passe avant la grande bataille racontée au centre de l'épopée. Dans Arjun : The Warrior Prince, il s'agit avant tout de dévoiler les raisons de cette grande tragédie future qui réside dans cette guerre fratricide qui décidera du sort de milliers de guerriers. L'histoire commence dans l’ermitage de Drona, la scène n'est pas sans rappeler une série comme Spartacus. Les 5 Pandava-s sont amenés auprès du maître afin de bénéficier de son entraînement, à l'instar de leurs 100 cousins, les Kaurava-s. L'inimitié entre les deux familles est déjà transparente mais les vertus des 5 fils de Pandu brillent parmi les nombreux élèves de Drona. L'un plus que les autres, Arjuna. Duryodhana est le Kaurava le moins prévenant envers ses cousins. La scène de la course de chars, en plus de montrer tout le talent des animateurs, permet de mettre en exergue cette inimitié. On découvre également la fraternité sans faille des 5 héros et leur grande probité, qui les distingue de leurs cousins. Dhritarashtra règne sur le royaume prospère et vertueux de Pandu, son demi-frère. Cependant, la succession est désormais ouverte et le vieux roi doit choisir comment répartir son empire entre son fils, Duryodhana et ses neveux, les 5 Pandava-s. Le monarque partage son royaume entre les deux branches cousines, ce qui n'est pas du goût de l'ombrageux Duryodhana, qui va tout faire pour récupérer l'héritage des panduides.
Les architectures sont également de très grande qualité.
En puisant clairement ses références dans Ben-Hur, ou dans des productions plus récentes comme Spartacus ou Rome, le film s'inscrit dans une dramaturgie aux mécanismes classiques, ce qui permet au public occidental de se raccrocher à un référentiel connu. Pour autant, par moments, les choix et les actions des personnages n'apparaîtront pas aussi clairement aux spectateurs peu familiers de cette culture. Peut-être certains éclaircissements auraient-ils été nécessaires pour rendre la lecture du film plus aisée. Quoi qu'il en soit, malgré ses défauts, le film est assez riche et divertissant pour intéresser le spectateur français. Si vous appréciez les histoires héroïques, le ton dramatique de l'action, les aventures de guerriers qui défendent leur honneur et la justice ; si vous êtes allergique aux chansons Bollywood et aux histoires frivoles, alors aucun doute, Arjun : The Warrior Prince est un film à voir. Doté d'une réalisation qu'on n'espérait plus et d'une mise en scène très hollywoodienne, le film de UTV Studios/The Walt Disney Co. India s'en sort avec les honneurs !
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Pour aller plus loin :
http://www.livemint.com/2012/02/01230230/Walt-Disney-acquires-controlli.html
http://www.telegraphindia.com/1120516/jsp/entertainment/story_15491833.jsp#.UCYs_FIVLkd